‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 202 sur 504 · ACTE Ill, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE Ill, SCENE V

Je vaux encormon prix; ~ Eft quand il fait sombre , Les plus beaux chats sont gris.

(Il répéte la reprise en dansant, Frcaro, derriére lui imite ses mouvements. ) Je ne suis point Tircis.

( Apercevant Figaro.) Ah! entrez, monsieur le barbier ;

avancez ; vous étes charmant ! :

FIGARO salue,

Monsieur, if est vrai que ma mére me I’a dit autrefois ; mais je suis un peu déformé depuis ce temps-la. (A part, au comte.) Bravo, monseigneur ! ;

(Pendant toute cette scéne, Je comte fait ce qu’il peut pour parler a Rosine; mais l’cil inquiet et vigilant du tuteur len empéche toujours, ce qui forme un jeu muet de tous les acteurs, étranger au débat du docteur et de Fjgaro. )

Venez-vous purger encore, saigner, droguer, mettre sur le grabat toute ma maison ?

FIGARO

Monsieur, il n’est pas tous les jours féte ; mais, sans compter les soins quotidiens, monsieur a pu voir que, lorsqwils en ont besoin, mon zéle n’attend pas qu’on lui commande... ;

BARTHOLO

Votre zéle n’attend pas! Que direz-vous, monsieur le zélé, 4 ce malheureux qui baille et dort tout éveillé? et Yautre qui, depuis trois heures, éternue a se faire sauter le crane et jaillir la cervelle! que leur direz-vous?

FIGARO, Ce que je leur dirai?

BARTHOLO

Oui! ; FIGARO.

Je leur dirai... Eh , parbleu! je dirai a celui qui éternue : Dieu vous bénisse! et Va te coucher, a celui qui haille. Ce 1vest pas cela, monsieur, qui grossira le mémoire.

BARTHOLO

Vraiment non ; mais ¢’est la saignée et les médicaments qui le grossiraient, si je voulais y entendre.: Est-ce par zéle aussi que vous avez empaqueté les yeux de ma mule? et votre cataplasme lui rendra-t-il la vue ?

FIGARO

S’il ne lui rend pas la vue, ce n’est pas cela non plus qui

Pempéchera d’y voir.

Que je le trouve sur le mémoire!..... On n’est pas de cette

extravagance-la ! ; FIGARO.

Ma foi, monsieur, les hommes n’ayant guére 4 choisir qu’entre la sottise et la folie , ot je ne vois point de profit je veux au moins du plaisir ; et vive.la joie! Qui sait si le monde durera encore trois semaines ?

BARTHOLO

Vous feriez bien mieux , monsieur le raisonneur, de me payer mes cent écus et les intéréts sans lanterner ; je vous en avertis.

FIGARO

Doutez-vous de ma probité, monsieur? Vos cent écus ! jaimerais mieux vous les aveoir toute ma vie, que de les nier un seul instant.

BARTHOLO. , Et dites-moi un peu comment la petite Figaro a trouvé les bonbons que vous lui avez portés?

FIGARO

Quels bonbons ? Que voulez-vous dire?

BARTHOLO

Oui, ces honbons, dans ce cornet fait avec cette feuille de

papier 4 lettre, ce matin.

' ; FIGARO

Diable emporte si...

ROSINE V’interrompant.

Avez-vous eu soin au moins de les lui donner de ma part, monsieur Figaro ? Je vous l’avais recommandé. ~ Ah! ah! Jes bonbons de ce matin? Que je suis béte, moi! javais perdu tout cela de vue... Oh! excellents, madame! admirables !

BARTHOLO

Excellents! admirables! Oui, sans doute , monsieur le barbier , revenez sur vos pas! Vous faites 14 un joli métier, monsieur !

FIGARO

Qu’est-ce qu’il a donc , monsieur ?

BARTHOLO

Et qui vous fera une belle réputation , monsieur! FIGARO.

Je la soutiendrai, monsieur.

BARTHOLO Dites que vous la supporterez, monsieur.

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