‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 22 sur 504 · ACTE 1, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE VII

DRINK

Sans lui et sans un vieux procés qu’on a déterré je ne suis ou, aurait-on trouvé-un prétexte 4 ce voyage?

LE COMTE

Surcroit d’embarras! Et elles sont ici?

DRINK

D’hier au soir.

LE COMTE

Que dit-on de mon absence ?

DRINK

Mademoiselle a beaucoup pleuré.

LE COMTE. — Ah! je suis plus affligé qu’elle. Mais n’a-t-il rien percé du projet de mariage ?

DRINK

Oh! le diable gagne trop 4 vos desseins pour y nuire. LE COMTE ‘avec humeur.

Je crois que le maraud s’ingére....

DRINK

Parlons , milord, sans vous facher. Voila une fille de con-

dition qui croit étre votre femme.

LE COMTE

Et qui ne l’est pas , veux-tu dire?

DRINK

Et qui ne peut tarder 4 étre instruite que vous en épousez une autre: Quand je pense 4 ce dernier trait, aprés le diabolique artifice qui ’a fait tomber dans nos griffes... Un contrat supposé, des registres contrefaits, un ministre de votre facon... Dieu sait... Tous les réles distribués 4 chacun de nous, et joués... Quand je me rappelle la confiance de cette tante , la piété de la niéce pendant la ridicule cérémonie , et dans votre chapelle encore... Non, je crois aussi fermement qu'il n’y aura jamais pour vous, ni pour votre intendant qui fit le ministre , ni pour nous qui servimes de témoins....

LE COMTE fait un geste furieux qui coupe la parole a Drink, et aprés une petite pause. dit froidement.

Monsieur Drink , vous étes le plus sot coquin que je connaisse. (11 tire sa bourse et la lui donne.) Vous n’étes plus a moi: sortez : mais si la moindre indiscrétion...

DRINK

Est-ce que j’ai jamais manqué 4 milord ?

LE CONTE

Je déteste les valets raisonneurs , et je me défie des fripons

scrupuleux.

DRINK

Eh bien, je ne dirai plus un seul mot : usez de moi comme il vous plaira. Mais pour la demoiselle, en vérité c’est dommage. LE COMTE.

Vous faites Phomme de bien; mais a la vue de lor, votre conscience s’apaise... Je ne suis pas votre dupe.

DRINK

Si vous le croyez, mon maitre, voila la bourse. LE COMTE refusant de la prendre.

Cela suffit : mais qu’il ne vous arrive jamais... Approchez. Puisqu’on ne sait rien de ce fatal mariage... "DRINK.

. Fatal! qui vous force a Je conclure?

LE COMTE

Le roi qui a parlé, mon oncle qui presse; des avantages qu’on ne rencontre pas deux fois en la vie. (A part. ) Et, plus que tout, la honte que j’aurais de dévoiler mon odieuse conduite.

DRINK

Mais comment cacher ici... ?

LE COMTE révant.

Oh! je... Quand une fois je serai marié... Et puis, elles ne verront personne... Cette maison, quoique assez prés de mon hétel , est dans un quartier perdu... Je ferai en sorte qu’elles repartent bientét. Va toujours m’annoncer , cette visite préviendra les soupcons...

DRINK se retournant.

Les soupgons! Qui diable oserait seulement penser ce que nous exécutons nous autres ?

LE COMTE

I} a raison. (Il le rappelle. ) Ecoute , écoute. DRINK. Milord?

LE COMTE 4 lui-méme en se promenant.

Je crois que la téte a tourné en méme temps a tout le

monde. (A Drink.) Ont-elles déja recu des lettres ? DRINK.

Pas encore.

LE COMTE 4 lui-méme en se promenant.

C’est mon intendant... Parce qu’il est prét 4 rendre l’dme... Il me mande... Il me fait une frayeur avec ses remords... Le malheureux!... Aprés m/’avoir lui-méme jeté dans tous ces embarras... Je crains qu’avant de mourir il ne me joue le tour d’écrire icila vérité. (A Drink.) Tuiras toi-méme a la poste.

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