‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 220 sur 504 · ACTE IV, SCENE VE. at 35s · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VE. at 35s

LE COMTE vivement.

Que votre tuteur vous a remise?

ROSINE fierement.

Oe, je lui en ai Vobligation.

LE COMTE

Dieux , que je suis heureux! Il la tient de moi. Dans mon embarras , hier, je m’en suis servi pour arracher sa confiance ; et je n’ai pu trouver l’instant de vous en informer. Ah, Rosine! il est done vrai que vous m’aimez véritablement!

FIGARO

Monseigneur, vous cherchiez une femme qui vous aimat pour vous-méme....

ROSINE

Monseigneur !... Que dit-il?

LE COMTE, jetant son large manteau, parait en habit magnifique.

O la plus aimée des femmes! il n’est plus temps de vous abuser : Pheureux homme que vous voyez 4 vos pieds n’est point Lindor ; je suis le comte Almaviva, qui meurt d’amour, et vous cherche en vain depuis six mois.

ROSINE tombe dans les bras du comte

Ah!...

LE ComTE effrayé.

Figaro !

‘ FIGARO

- Point dinquictude , monseigneur : la douce émotion de la joie n’a jamais de suites facheuses; la voila, la voila qui re~ prend ses sens. Morbleu, qu’elle est belle!

ROSINE

Ah, Lindor!.... Ah, monsieur! que je suis coupable! j’allais

me donner cette nuit:méme 4 mon tuteur.

LE COMTE

Vous, Rosine!

ROSINE

Ne voyez que ma punition ! J’aurais passé ma vie 4 vous détester. Ah, Lindor! le plus affreux supplice n’est-il pas de hair, quand on sent qu’on est faite pour aimer ?

FIGARO regarde a la fenétre.

Monseigneur, le retour est fermé; I’échelle est, enlevée.

LE COMTE

Enlevée!

ROSINE troublée.

Oui , est moi... c’est le docteur. Voila le fruit de ma cré-

dulité. Il m’a trompée. J’ai tout avoué, tout trahi : il sait que vous étes ici, et va venir avec main-forte. FIGARO regarde encore.

Monseigneur ! on ouvre la porte de la rue.

ROSINE courant dans les bras du comte avec frayeur. Ah, Lindor!.... :

LE COMTE avec fermeté,

Rosine, vous m’aimez! Je ne crains personne; et vous serez ma femme. J’aurai donc le plaisir de punir 4 mon gré Podieux vieillard!...

ROSINE

Non, non; grace pour lui, cher Lindor! Mon cceur est si

plein , que la vengeance ne peut y trouver place

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