‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 268 sur 504 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

LE COMTE, LA COMTESSE rentrent dans la chambre.

LE COMTE, une pince ala main, qu’il jette sur le fauteuil. Tout est bien comme je l’ai laissé. Madame, en m’exposant a briser cette porte, réfléchissez aux suites : encore une fois,

voulez-vous l’ouvrir ?

LA COMTESSE

Eh! monsieur, quelle horrible humeur peut altérer ainsi les égards entre deux époux? Si l’amour vous dominait au point de vous inspirer ces fureurs , malgré leur deéraison, je

les excuserais; j’oublierais peut-étre, en faveur du motif, ce qu’elles ont d’offensant pour moi. Mais la seule vanité peutelle jeter dans cet excés un galant homme ?

Amour ou vanité, vous ouvrirez la porte; ou je vais a l’ins-

tant...

LA COMTESSE au devant.

Arrétez, monsieur, je vous prie! Me croyez-vous capable de manquer 4 ce que je me dois?

LE COMTE

Tout ce qu’il vous plaira, madame ; mais je verrai qui est

dans ce cabinet.

LA COMTESSE effrayée.

Hé bien, monsieur, vous le verrez. Ecoutez-moi... tranquil- =

lement.

LE COMTE

Ce n’est done pas Suzanne?

LA COMTESSE timidement, ‘Au moins n’est-ce pas non plus une personne... dont vous

deviez rien rédouter .. Nous dispositions une plaisanterie... bien innocente, en vérité, pour ce soir..., et je vous jure... LE COMTE.

Et vous me jurez...? E LA COMTESSE.

Que nous n’avions pas plus de dessein de vous offenser Pun que Pautre.

LE COMTE vite.

L’un que l’autre ? C’est un homme?

Un enfant, monsieur.

Hé, qui donc?

LA COMTESSE

A peine osé-je le nommer !

LE COMTE furieux.

Je le tuerai.

LA COMTESSE. * Grands dieux!

e LE COMTE.

Parlez donc!

LA COMTESSE

Ce jeune... Chérubin...

; LE. COMTE

Chérubin! Pinsolent! Voila mes soup¢ons et le billet expliqués.

LA COMTESSE joignant les mains.

Ah! monsieur! gardez de penser...

LE COMTE frappant du pied.

(A part.) Je trouverai partout ce maudit page! (Haut.) Allons, madame, ouvrez; je sais tout maintenant. Vous n’auriez pas été si émue, en le congédiant ce matin ; il serait parti quand je Pai ordonné; vous n’auriez pas mis tant de fausseté dans votre conte de Suzanne; il ne se serait pas si soigneusement caché, s’il n’y avait rien de criminel.

LA COMTESSE

tl a craint de vous irriter en se montrant.

LE CoMTE hors de lui, et criant, tourné vers le cabinet.

Sorg donc, petit malheureux!

LA COMTESSE le prend a bras-le-corps, en l’éloignant.

Ah! monsieur, monsieur, Votre colére me fait trembler pour lui. N’en croyez pas un injuste soupgon, de grace! et que le désordre ot vous l’allez trouver...

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