‹ Théâtre de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 6 sur 504 · SUR BEAUMARCHAIS. KIK · texte numérisé non relu

SUR BEAUMARCHAIS. KIK

éloquente a laquelle l’auteur s’éléve quelquetois , et des procédés de cette dialectique vigoureuse et puissante avec laquelle il poursuit ses adversaires , on apercevra facilement , dans ses ouvrages de barreau et de théatre, les mémes monvements, les mémes tours, les mémes artifices de diction, en un mot, tous les effets d’une méme plume; on y sentira surtout le méme mélange des mémes qualités et des mémes défauts. Un style dont la physionomie trés-prononcée vise ainsi 4 la caricature est sans doute un inconvénient pour le poéte comique , qui doit donner 4 chacun de ses personnages un langage assorti A son caractére convenu, et 4 tous un langage différent. Cet inconvénient, Beaumarchais !’a diminué en placant en premieére ligne, dans ses trois principaux ouvrages dramatiques, un méme étre imaginaire, et, comme je Pai déja dit, un étre individuel qui n’avait point dans le monde moral de type commun auquel on pat le comparer , et & qui, par conséquent , auteur pouvait plus impunément préter son propre langage. Le mal est qu’il en ait fait aussi présent a ses autres personnages , qui tous parlent plus ou moins la langue de Figaro. Figaro a plus d’esprit qu’eux tous ; mais ce qu’ils en ont est de la méme trempe que le sien et a la méme forme.

Jai dit plus haut quel était le but particulier de Beaumarchais en composant Tarare. Il eut de plus la prétention de faire révolution sur la scéne lyrique, et il exposa fastueusement, dans une préface, son nouveau systéme, qui consistait 4 subordonner la musique aux paroles, en simplifiant Pune et en donnant aux autres plus d’importance et d’intérét : Vexécution répondit mal a la grandeur du projet et a Pem-« phase de annonce. Le prologue , ou l’auteur établissait le principe de cette égalité naturelle que détruisent le hasard de la naissance et Paveugle distribution d’états qui en résulte, parut Vidée la plus tristement bizarre qu’on ett encore mise en ceuvre sur la scéne de Opéra, ce pays des aimables chimeres et du merveilleux. La piéce elle-méme, malgré le fracas des événements , la singuliére opposition des personnages , et le mélange de tous les tons, fut trouvée un ouvrage aussi ennuyeux que beaucoup d’autres du méme genre, ou seulement on n’avait pas fait tant de frais pour cela. La versification en est un modéle achevé de dureté, de prosaisme, de

Xx NOTICE SUR BEAUMARCHAIS.

platitude et de bouffissure. On citera longtemps , comme un chef-dceuvre de ridicule , ces vers que chantait un choeur de paysans *

Notre amour est pour la pature, Et tous nos soins Sont.pour nos foins.

Beaumarchais les a retranchés a la reprise de son opéra, et cest de sa part un acte de docilité dont il faut lui savoir gré.

- Personne n’était moins que lui propre au travail des vers, qui exige plus de soin que la prose , une plus grande délicatesse dans le choix et dans arrangement des mots. Il a fait dans sa vie quelques chansons, dont la meilleure, ou du moins Ja plus connue, celle de Robin , n’a pas cette verve de gaieté polissonne et cette honnéte expression des plus malhonnétes idées qui donnent tant de prix aux bonnes chansons de Collé.

Peu d’années avant la révolution , Beaumarchais avait entrepris une édition compléte des ceuvres de Voltaire. Cette entreprise, dans laquelle il perdit un million, ne répondit ni a Vénorme dépense qu’elle avait occasionnée , ni a la gloire du grand écrivain auquel on avait voulu élever un monument digne de lui. Pendant la révolution , Beaumarchais acheva de détruire sa fortune par plusieurs autres spéculations mal concues ou traversées par les circonstances ; il faillit perdre la vie, fut quelque temps privé de sa liberté, et se réfugia ensuite chez l’étranger. Revenu en France dans des temps un peu plus tranquilles, il mourut subitement et sans maladie le 19 mai 1799, 4gé de soixante-sept ans et trois mois.

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