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fauteur parlait de toutes les institutions existantes. On les avait attaquées dans mille ouvrages plus ou moins publics et tolérés; on les avait frondées plus ou moins vivement dans tous les cercles de la cour et de la ville; mais jusque-la nos théatres n’en avaient fait la satire que @une maniere fort indirecte, et qui n’avait pas toujours été sans danger pour les auteurs. Une critique, méme légére et détournée , proférée - journaliérement devant un grand nombre d’hommes rassemblés qui recoivent tous 4 la fois la méme impression et la manifestent avec une véhémence qu’aucune crainte n’enchaine , avait toujours paru au gouvernement plus inquiétante pour son autorité et sa considération que les plus violentes censures énoncées dans les livres et dans les conversations, attendu qu’il n’en pouvait jamais résulter que des impressions isolées ou du moins partielles , dont la communication était nécessairement plus lente et plus circonspecte. Beaumarchais entreprit de vaincre cette sage peur d’un gouvernement qui ne péchait pas par excés de prudence , et il en vint a bout. Cette réussite confond d’étonnement, lorsqu’on se rappelle les traits audacieux semés dans la comédie de la Folle Journée , et entassés dans ce fameux monologue ot Figaro va jusqu’a exercer son pyrrhonisme sur la question de ’immatérialité de Yame, qui assurément. n’avait que faire 14. Le roi de Suéde disait de la piéce: « Je lai trouvée insolente, mais non pas « indécente. » Ce monarque du Nord était apparemment plus chatouilleux sur larticle de Yautorité, que délicat sur celni des bienséances. Il faut le dire franchement : la piéce est ce qu'elle semblait au roi de Suéde, et ce qu’elle ne lui semblait pas. C’est ainsi qu’en pensaient le roi, la reine et tous les princes, 4 l’exception d'un seul, qui avait cru trouver un moyen de consistance dans l’esprit d’opposition. Beaucoup de gens de la cour, de gens du monde et de gens de lettres partageaient cette opinion. Beaumarchais, qui ne connaissait point d@obstacles, parce qu’il n’en est pas que la persévérance ne surmonte, et qu’en lui cette qualité allait jusqu’a Vobstination ; Beaumarchais lutta pendant quatre années contre la volonté du gouvernement, n’ayant d’autre auxiliaire que la curiosité publique puissamment excitée par ce long débat. 11 ne se lassa point de demander ce qu’a la fin on se
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lassa de lui refuser , et il obtint de Pautorité supréme la permission de la couvrir de ridicule en plein théatre, elle et toutes les institutions qui émanaient d’elle et qui luiservaient de soutien. Il eut, a ce qu’il parait, l’art de donner le change a tous les amours-propres qui se trouvaient intéressés dans son ouvrage : en véritable auteur comique , il répéta dans le monde une scéne assez commune au théatre, celle ot lon voit un personnage confier en secret et séparément 4 chacun de ceux qu’il veut bafouer, le ridicule des autres, et les amener au point de se charger entre eux d’épigrammes et d’injures , sans que pas un d’eux soupconne la ruse dont ils sont tous dupes. Il avait mis dans sa comédie cette phrase: « Il n’y a « que les petits hommes qui redoutent les petits écrits ; » et c’était la le texte dont il faisait insidieusement le commentaire a chacun de ceux qu'il voulait se rendre favorables. Chacun, redoutant de passer pour un petit homme, eut lair de ne point redouter pour soi le petit écrit, et ne fut point faché dans son coeur que le petit écrit attaquat beaucoup de petits hommes de sa connaissance. La mystification ainsi ourdie , arriva le dénotment, c’est-a-dire la représentation du Mariage de Figaro : tous les petits hommes eurent le plaisir de se moquer les uns des autres en face du public, qui prit la liberté de se moquer d’eux tous. I] faut avouer qu’il n’y a rien de si comique que cela dans la comédie, et que la Harpe eut grande raison de dire 4 ’auteur , qui ne s’en défendit pas trés-fort , que, quoiqu’il y edt beaucoup d’esprit dans ses Noces de Figaro, il en avait fallu moins pour les composer que pour les faire jouer.
C’est pour cela méme que j’ai trouvé plus intéressant et plus utile d’examiner louvrage sous le rapport politique et moral que sous le rapport dramatique, bien que, sous ce dernier point de vue, il ne soit indigne ni d’attention ni d’estime. Les trois premiers actes appartiennent ala bonne comédie d’intrigue, mais sont pourtant inférieurs en ce genre au Barbier de Séville. Les deux derniers appartiennent , comme on la déja dit, au genre de la lanterne magique : ce sont des tableaux qui se succédent presque sans liaison. Les scénes nocturnes , cette source de quiproguo, si souvent employée dans les intrigues espagnoles, qu’elle y est de coutume et
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presque de rigueur, produisent ici des incidents dont linvraisemblance répugne a une scéne aussi raisonnable que la nétre; et Pon peut dire que auteur a étrangement abusé du privilége de la localité. Il n’a pas moins abusé du monologue, espéce de concession faite 4 l'art dramatique aux dépens de la vérité, en mettant dans la houche de son Figaro cet inconcevable soliloque qui remplit cinq pages in-8°, et dont le débit dure un quart d@heure au théatre. Parler tout seul est d’un fou : on permet cette manie sur la scéne a Ja passion violente et a la préoccupation excessive, parce que ce sont des espéces de folie; mais sous la condition expresse qu’elles ne laisseront ainsi échapper leur pensée qu’en peu de mots et avec une sorte de désordre, parce qu’elles sont alors dans un élat d’obsession qui ne peut étre de longue durée, et n’admet point l’exacte liaison des idées. Concoit-on, d’aprés ce principe, qu’un homme possédé du démon de la jalousie, qui ne devrait exhaler sa rage qu’en quelques phrases brisées et tumultueuses , s’amuse & faire aux échos, pendant un bon quart @heure, le narré fidéle et suivi de toutes ses aventures, enjolivé de réflexions morales et de problémes métaphysiques? Certes, si ce monologue n’avait pas eu pour les malins spectateurs tout Vintérét d’un pamphlet bien hardi, ils au: raient conspué comme la plus monstrueuse idée qui fut jamais sortie d’un cerveau dramatique. L’anteur le savait bien , et tout son talent ici est d’avoir parfaitement jugé les disposilions de son auditoire. Le style de la Folle Journée étincelle de saillies fort gaies, de traits spirituels et satiriques, aiguisés par expression la plus piquante : plusieurs sont restés dans la mémoire, et prennent place comme proverbes dans la conversation. Mais le mauvais ton et le mauvais gout, le jargon baroque mélé d’emphase et de trivialité , les plaisanteries banales et les froids quolibets s’y trouvent répandus avec la méme profusion. Les meilleurs morceaux qui soient sortis de la plume de Beaumarchais ne sont pas exempts de cette facheuse bigarrure. Il a véritablement un style a lui, et ce style est le méme dans tout ce qu’il a écrit. Que on compare ses Mémoires et ses comédies, et que l’on fasse abstraction , comme de raison, de tout ce qui tient essentiellement au genre plus grave des factwms, c’est-a-dire du ton @indignation