‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 123 sur 487 · ACTE 1Y, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE 1Y, SCÈNE III

SAINT-ALBAN

Vous désapprouvez ma conduite ?

AURELL.

Je n'entends rien à votre politique. Que Mélac soit coupable de mauvaise foi, ou seulement d'imprudence, en rejetant mes conditions vous risquez ...

SAINT-ALBAN

Je ne les rejette pas; mais il faut m'expliquer...

AURELLY.

J'écoute.

SAINT- ALBAN

Vous voulez sa grâce entière ?

AURELLY.

Sans restriction.

SAINT- ALBAN

J'irai, pour vous obliger, jusqu'au dernier terme de mon pouvoir.

AURELLY.

Quelle étendue y donnez-vous?

SAINT- ALBAN

Celle que vous y donneriez vous-même. Vous n'exigez pas que je sauve sa réputation aux dépens de mon honneur?

AURELLY.

Il y aurait encore plus d'absurdité que d'injustice à le proposer.

SAINT-ALBAN

Les intérêts de la compagnie à couvert par vos offres , on peut faire grâce à votre homme de l'opprobre qu'il a mérité ; mais je deviendrais coupable si je lui confiais plus longtemps une recette...

Vous lui ôtez sa place !

SAINT- ALBAN

La lui Îaisseriez-Yous?

AURELLY.

Ah î monsieur , je vous prie...

SAINT-ALBAN

Faites un pas de plus.

AURELLY.

Comment ?

SAINT-ALBAN

Vous avez de l'honneur : osez me le conseiller. ( Aureliy baisse la tête sans répondre. ) J'espère que vous distinguerez ce que je puis accorder , et ce que le devoir m'interdit ; j'accepte

Is'i LES DEUX AMIS,

l'argent ; je me tairai : mais j'exige qu'il se défasse à l'instant de son emploi, sous le prétexte qu'il voudra.

. AURELLY.

J'avoue qu'il n'est pas digne de,le garder; mais son fils? cette survivance? tant de démarches pour l'obtenir ?...

SAINT-ALBAN

Son fils ? qui nous en répondrait ?

AURELLY.

Moi.

C'est beaucoup faire pour eux.

AURELLY.

J'ai vingt moyens de m'assurer de lui.

SAINT-ALBAN cêvant.

J'avoue que... je... je n'ai point d'objection personnelle contre le jeune homme ; et, dans le dessein où je suis de vous demander une grâce pour moi-même...

AURELLY.

Je pourrais vous obliger ?

SAINT-ALBAN

Sur un point de la plus haute importance.

AURELLY vivement.

Tenez-moi pour déshonoré si je vous refuse.

SAINT-ALBAN

Puisque vous m'encouragez , je vais parler. Vous connaissez ma fortune , mes mœurs ; vous avez une nièce adorable ; elle m'a charmé , je l'aime , et je vous demande sa main comme la plus précieuse faveur...

AURELLY stupéfait

Vous me demandez... ma Pauline ?

SAINT-ALBAN

Auriez-vous pris des engagements?

AURELLY embarrassé.

En vérité , ce n'est pas cela ; mais si vous la connaissiez mieux...

Je l'ai plus étudiée que vous ne pensez.

AURELLY.

Cette enfant n'a pas de fortune.

SAINT-ALBAN

Sur un mérite comme le sien, c'est une d ifférence imperceptible.

AURELLY à part.

Comment sortir de ce nouvel embarras!

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