ACTE 1Y, SCÈNE III
SAINT-ALBAN
Vous désapprouvez ma conduite ?
AURELL.
Je n'entends rien à votre politique. Que Mélac soit coupable de mauvaise foi, ou seulement d'imprudence, en rejetant mes conditions vous risquez ...
SAINT-ALBAN
Je ne les rejette pas; mais il faut m'expliquer...
AURELLY.
J'écoute.
SAINT- ALBAN
Vous voulez sa grâce entière ?
AURELLY.
Sans restriction.
SAINT- ALBAN
J'irai, pour vous obliger, jusqu'au dernier terme de mon pouvoir.
AURELLY.
Quelle étendue y donnez-vous?
SAINT- ALBAN
Celle que vous y donneriez vous-même. Vous n'exigez pas que je sauve sa réputation aux dépens de mon honneur?
AURELLY.
Il y aurait encore plus d'absurdité que d'injustice à le proposer.
SAINT-ALBAN
Les intérêts de la compagnie à couvert par vos offres , on peut faire grâce à votre homme de l'opprobre qu'il a mérité ; mais je deviendrais coupable si je lui confiais plus longtemps une recette...
Vous lui ôtez sa place !
SAINT- ALBAN
La lui Îaisseriez-Yous?
AURELLY.
Ah î monsieur , je vous prie...
SAINT-ALBAN
Faites un pas de plus.
AURELLY.
Comment ?
SAINT-ALBAN
Vous avez de l'honneur : osez me le conseiller. ( Aureliy baisse la tête sans répondre. ) J'espère que vous distinguerez ce que je puis accorder , et ce que le devoir m'interdit ; j'accepte
Is'i LES DEUX AMIS,
l'argent ; je me tairai : mais j'exige qu'il se défasse à l'instant de son emploi, sous le prétexte qu'il voudra.
. AURELLY.
J'avoue qu'il n'est pas digne de,le garder; mais son fils? cette survivance? tant de démarches pour l'obtenir ?...
SAINT-ALBAN
Son fils ? qui nous en répondrait ?
AURELLY.
Moi.
C'est beaucoup faire pour eux.
AURELLY.
J'ai vingt moyens de m'assurer de lui.
SAINT-ALBAN cêvant.
J'avoue que... je... je n'ai point d'objection personnelle contre le jeune homme ; et, dans le dessein où je suis de vous demander une grâce pour moi-même...
AURELLY.
Je pourrais vous obliger ?
SAINT-ALBAN
Sur un point de la plus haute importance.
AURELLY vivement.
Tenez-moi pour déshonoré si je vous refuse.
SAINT-ALBAN
Puisque vous m'encouragez , je vais parler. Vous connaissez ma fortune , mes mœurs ; vous avez une nièce adorable ; elle m'a charmé , je l'aime , et je vous demande sa main comme la plus précieuse faveur...
AURELLY stupéfait
Vous me demandez... ma Pauline ?
SAINT-ALBAN
Auriez-vous pris des engagements?
AURELLY embarrassé.
En vérité , ce n'est pas cela ; mais si vous la connaissiez mieux...
Je l'ai plus étudiée que vous ne pensez.
AURELLY.
Cette enfant n'a pas de fortune.
SAINT-ALBAN
Sur un mérite comme le sien, c'est une d ifférence imperceptible.
AURELLY à part.
Comment sortir de ce nouvel embarras!