‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 127 sur 487 · ACTE IV, SCÈNK VIL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNK VIL

nez- vous que je vous ai élevé, que je vous ai placé chez Aurelly , que mon estime seule vous a valu sa confiance : voulezvous la perdre, cette estime? et le premier devoir de l'honnête homme n'est-il pas de garder le secret confié?

DABINS.

Eh, monsieur ! quand la discrétion fait plus de maux qu'elle ne peut en prévenir. .

MÉLAC PERE

A qui de nous deux appartient le j u gement de mes intérêts ? . . . Mais je m'échauffe, et deux mots vous fermeront la bouche. De quoi s'agit-il en ce commun effroi? De peser les risques de chacun, et d'écarter le plus pressant ?

DABINS.

Oui, monsieur.

Si je me préfère à mon ami, quel sera son sort? La confiance publique dont un négociant est honoré ne souffre pas deux atteintes. Quoi qu'on puisse alléguer, après un défaut de payement, le coup fatal au crédit est porté; c'est un mal sans remède; et pour Aurelly, c'est la mort.

dabins.

Il y a tout lieu de le craindre.

MÉLAC PÈRE

Si je me tais. Un soupçon tient, il est vrai, mon honneur en souffrance ; mais, à l'aveu d'un service que les grands biens d'Aurelly rendent tout naturel, avec quelque rigueur qu'on me juge, il est même douteux qu'on m'en fasse un reproche. Ayant donc à choisir entre sa perte inévitable et le danger incertain qui me menace, croyez-vous que j'aie pris conseil d'une aveugle amitié qui pût déshonorer mon jugement ? Non , monsieur, j'ai prononcé, comme un tiers l'aurait fait, en préférant, non ce qui me convient , mais ce qui convient aux circonstances ; non ce que je puis , mais ce que je dois. Vous m'avez entendu ?

DABINS.

Monsieur, je me tairai; mais, pour l'exemple des hommes, il faudrait bien que de pareils traits...

MÉLAC PÈRE

Laissons la maxime et l'éloge aux oisifs ; faisons notre devoir : le plaisir de l'avoir rempli est le seul prix vraiment digne de l'action. — Que fait mon fils? j'en suis inquiet. L'avezvous vu?

DABINS.

Ah! c'est pour lui surtout que je vous presse; il a répand» devant moi des larmes si amères , et m'a quitté avec une im-

LES DEUX AMIS

patience, un sentiment si douloureux !... Mais quel danger de vous confier à lui ? Encouragé par votre exemple , il se calmerait, il vous consolerait.

MÉLAC PÈRE

Me consoler ! Mon ami, l'expérience de toute ma vie m'a montré que le courage de renfermer ses peines augmente la force de les repousser ; je me sens déjà plus faible avec vous que dans la solitude. Eh ! quel secours tirerais-je de mon fils? Je crains moins sa douleur qne son enthousiasme ; et si je suis à peine maître de mon secret , comment contiendrais-je cette âme neuve et passionnée ?. . .

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