ACTE II , SCÈNE XV
ROSINE
On me tuera plutôt que de l'obtenir de moi.
BARTHOLO frappant du pied.
Madame! madame !...
ROSINE tombe sur un fauteuil et feint de se trouver mal. Ah ! quelle indignité ! . . .
BARTHOLO
Donnez cette lettre, ou craignez ma colère.
ROSINE renversée.
Malheureuse Rosine!
BARTHOLO
Qu'avez-vous donc ?
ROSINE
Quel avenir affreux !
BARTHOLO
Rosine !
ROSINE
J'étouffe de fureur.
BARTHOLO
Elle se trouve mal.
Je m'affaiblis ,. je meurs.
BARTHOLO lui tâte le pouls, et dit à part : Dieux ! la lettre ! Lisons-la sans qu'elle en soit instruite. (Fl
continue à lui tâter le pouls, et prend la lettre, qu'il tâche de lire en se tournant un peu.)
ROSINE toujours renversée.
Infortunée! ah!...
BARTHOLO lui quitte le bras , et dit à part.
Quelle rage a-t-on d'apprendre ce qu'on craint toujours de savoir !
ROSINE
Ah ! pauvre Rosine !
BARTHOLO
L'usage des odeurs... produit ces affections spasmodiques.
(Il lit par derrière le fauteuil en lui tâtant le pouls. Rosine se relève un peu, le regarde finement, fait un geste de tête, et se remet sans parler.)
BARTHOLO à part.
O ciel! c'est la lettre de son cousin. Maudite inquiétude! Comment l'apaiser maintenant? Qu'elle ignore au moins que je l'ai lue!
fil fait semblant de la soutenir, et remet la lettre dans la pochette.)
ROSINE soupire.
Ah!...
Eh bien ! ce n'est rien , mon enfant ; un petit mouvement de vapeurs , voilà tout ; car ton pouls n'a seulement pas varié.
(Il va prendre un flacon sur la console.) ROSINE à part.
Il a remis la lettre! fort bien.
BARTHOLO
Ma chère Rosine, un peu de cette eau spiri tueuse.
ROSINE
Je ne veux rien de vous : laissez-moi.
BARTHOLO
Je conviens que j'ai montré trop de vivacité sur ce billet.
ROSINE
Il s'agit bien du billet! C'est votre façon de demander les choses qui est révoltante.
BARTHOLO à genoux.
Pardon : j'ai bientôt senti tous mes torts ; et tu me vois à tes pieds , prêt à les réparer.
ROSINE
Oui, pardon! lorsque vous croyez que cette lettre ne vient pas de mon cousin.
BARTHOLO
Qu'elle soit d'un autre ou de lui , je ne veux aucun éclaircissement.
ROSINE lui présentant la lettre.
Vous voyez qu'avec de bonnes façons on obtient tout de moi. Lisez-la.
Cet honnête procédé dissiperait mes soupçons, si j'étais assez malheureux pour en conserver.
ROSINE
Lisez-la donc , monsieur.
BARTHOLO se retire.
A Dieu ne plaise que je te fasse une pareille injure!
ROSINE
Vous me contrariez de la refuser.
BARTHOLO
Reçois en réparation cette marque de ma parfaite confiance Je vais voir la pauvre Marceline , que ce Figaro a , je ne sais pourquoi , saignée du pied : n'y viens-tu pas aussi ?
ROSINE
J'y monterai dans un moment