‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 2 sur 487 · XI · texte numérisé non relu

XI

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ser tout cet échafaudage de préméditation , de préparation et de connexion intime. On se rappelle bien d'abord que le Barbier de Séville était destiné à la Comédie italienne : or, il n'aurait pas posé sur cette scène légère et bouffonne les fondements d'un édifice qu'il eût eu dessein de couronner sur la scène française par le drame de la Mère coupable ; encore moins aurait-il pu songer à faire quelque jour de ce triste sujet un opéra-comique , enjolivé d'ariettes et de couplets. Mais voici ce qui vaut encore mieux que des raisons : ce sont des faits. Je les tire de la préface du Barbier de Séville et de celle du Mariage de Figaro. BeaumaEfcfaai&j guidaùmiLyoulu, dit-il, faire du Barbier qu'une pièce amusante et sans fatigue , prétend qu'au lieu de rester dans la simplicité comique, il aurait pu étendre et tourmenter son plan à la manière tragique ou dramique (c'esPtoujours lui qui parle) ; et là-dessus il imagine follement un sixième acte , dans lequel Bartholo et Figaro se disputariîTet passant des injures aux coups, le premier aurait fait tomber de dessus la tête de l'autre le rescille ou filet qui le coiffe, et aurait ainsi mis à découvert la marque d'une spatule imprimée à chaud sur cette tête rasée. A cette marque , le docteur aurait reconnu son fils dans Figaro, lequel jusque-là n'aurait connu que sa mère ; et cette mère , qui est Marceline , aurait été à la fin épousée par le docteur. Cette idée en l'air, que Beaumarchais donne pour tragique ou dramique, parut plus gaie à monsieur le prince de Conti que la pièce du Barbier elle-même , et il porta à l'auteur le défi de mettre au théâtre cette famille de Figaro indiquée dans la préface. Beaumarchais accepta ce défi, et composa sa Folle Journée , dans laquelle il crut pouvoir , sans perdre la gageure, changer quelque chose à ce plan pour rire, qu'il n'aurait jamais songé de lui-même à exécuter. Ainsi la spatule imprimée sur l'occiput se trouve placée p'vs convenablement au bras droit; ainsi Figaro, qui dans le Barbier de Séville connaissait sa mère et parlait quelquefois d'elle , ne la reconnaît , dans la Folle Journée , qu'au moment où il serait presque forcé de l'épouser. Ce qui est vrai , ce qui est prouvé , c'est que , du temps même de la Folle Journée, Beaumarchais avait déjà l'idée de la Mère coupable , et y avait même déjà travaillé. «Je garde, dit-il dans la préface du premier ou-

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« f rage, une foule d'idées qui me pressent, pour un des sujets « les plus moraux du théâtre aujourd'hui sur mon chantier : « la Mère coupable... J'élèverai mon sujet à la hauteur de mes « situations , j'y prodiguerai les traits de la plus austère ino- « raie , et je tonnerai fortement sur les vices que j'ai trop « ménagés. Apprêtez-vous donc, messieurs, à me tourmente? « de nouveau; ma poitrine a déjà grondé; j'ai noirci beauce coup de papier au service de votre colère. » Mais il se présente ici une petite objection. Si déjà, dans la pensée de Beaumarchais , l'héroïne de cette Mère coupable était la comtesse Almaviva , de quel front ose-t-il , au même moment , la donner pour la plus vertueuse des femmes par goût et par principes, et s'emporter contre ceux qui lui trouvaient déjà un goût trop décidé et trop mal combattu pour Chérubin- Léon d'Astorga ? La camariste Suzon, elle-même, sage et attachée à ses devoirs au temps de la Folle Journée, paraît, à celui de la Mère coupable , n'avoir pas toujours marché sur cette ligne dans l'intervalle , apparemment pour que sa maîtresse n'eût pas trop à rougir. Bégearss lui parle même avec un ton de privauté fort suspect; et quand il assure de son amour cette femme de chambre dont il a besoin , il a d'autant plus l'air de l'entretenir d'un ancien goût éteint par la possession et les infidélités peut-être mutuelles , que Suzon , qui avait bien dix-huit ans à l'époque de son mariage, et qui a vu pleurer sa maîtresse pendant vingt ans, est une femme qui approche de la quarantaine. Enfin , lorsque le comte lui dit : Je t'ai vue lui rendre autrefois plus de justice (à Bégearss), elle baisse les yeux. Ce jeu de figure, indiqué par Fauteur lui-même, prouve que le comte est dans le secret de la liaison de Suzanne avec Bégearss, et ce secret est assez facilement saisi à la représentation par les spectateurs. Peut-être entrait-il dans ce système de moralité profonde et touchan te dont Beaumarchais parle à chaque instant , d'établir que les femmes les plus vertueuses et les plus sages finissent toujours par avoir quelque faiblesse : cela est loin de ce genre honnête où il n'admettait que des femmes irréprochables. Figaro^ au contraire, loin de s'être perverti, a beaucoup gagné du côté de la morale : sa probité et sa délicatesse , que je n'aurais pas voulu cautionner à Séville et au château d'Aguas-Frescas^

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inspirent toute confiance à Paris; il est rempli pour ses maîtres d'un zèle ardent et désintéressé, qui ne peut être égalé que par sa haine pour les fripons et les traîtres. Mais combien il a perdu sous le rapport des agréments et de l'esprit ! Comme cet animal domestique qui, dans son enfance, nous amuse par sa légèreté, sa souplesse et sa grâce, et qui , devenu vieux , sommeille tristement au coin de notre foyer, et ne retrouve quelquefois son agilité que pour obéir à cet instinct qui l'anime contre d'autres habitants incommodes de nos maisons; ce môme Figaro , plein de feu , d'espièglerie et dé gentillesse dans ses jeunes années , est devenu , en vieillissant , lourd , sombre , bourru , brutal , et de plus mauvais goût que jamais. En tout, ce drame de la Mère coupable , dont l'incroyable succès ne peut s'expliquer que par le plaisir qu'ont apparemment les femmes à étouffer et à se trouver mal, est un chaos d'horreurs et de désordres qui fatigue la tête , froisse.le cœur et ^ouille l'imagination. Le style en est monstrueux ; l'intrigue en est vicieuse : tout a bien la couleur du sujet. Et Beaumarchais prétend qu'il n'a fait le Barbier de Séville et la Folle Journée que pour arriver à ce drame révoltant ! En vérité , il aurait bien dû allonger encore la route et nous faire grâce du but.

La Folle Journée , ou le Mariage de Figaro , eut plus de cent représentations de suite. Un succès si prodigieux est loin de prouver un mérite proportionné ; on pourrait même aller jusqu'à dire qu'il est peu compatible avec un véritable mérite dramatique , et les bonnes raisons ne manqueraient peut-être pas à qui voudrait soutenir ce paradoxe. Les exemples du moins y seraient bien favorables. Aucun chef-d'œuvre tragique ou comique n'eut, dans sa nouveauté, la moitié du succès qu'obtint le Mariage de Figaro; et il est même à remarquer que la plupart de ceux qui ,

.... toujours plus beaux plus ils sont regardés, Sont au bout de cent ans encor redemandés ,

ont été très-froidement accueillis à leur naissance, ou même ont eu à se relever d'une chute complète. Avant la Folle Journée , les fastes de la scène française n'offraient qu'un seul exemple d'une réussite aussi extraordinaire ; c'est celui de Timocrate, tragédie faible de Thomas Corneille, qui n'est pas restée au

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théâtre; et, pour en trouver d'autres exemples depuis, il faut descendre jusqu'à d'ignobles tréteaux , où ce sont peut-être encore les plus mauvais ouvrages qui ont obtenu les plus brillants succès.

Si, comme cela paraît établi en général , et pourrait l'être en particulier pour la Folle Journée , un grand succès n'est pas la preuve certaine d'un grand mérite , il faut expliquer d'une autre manière ce succès, qui ne peut être un effet sans cause. Serait-ce calomnier le public d'alors , que d'attribuer une partie de son empressement pour la Folie Journée à la volupté de certaines situations , et même à l'indécence d'une foule de traits ? Je ne sais ; mais il y a dans l'ouvrage des choses tellement fortes , qu'à moins d'en être ravis , les spectateurs ne pouvaient se dispenser d'en être révoltés : il n'y avait point de milieu pour ces deux choses-là , entre les exclamations du plaisir vivement excité, et les cris de la pudeur publique grièvement offensée. Beaumarchais s'était vanté de ce que « la comédie du Barbier de Séville , une des plus gaies « qui fussent au théâtre, était écrite sans la moindre équi- « voque, sans une pensée , un seul mot dont la pudeur même « des petites loges eût à s'alarmer; » et il ajoutait: « C'est « bien quelque chose dans un siècle où l'hypocrisie de la dé- « cence est poussée aussi loin que le relâchement des mœurs. » Apparemment il se lassa de respecter Yhijpocrisie de la décence, et, désespérant de corriger le relâchement des mœurs, il voulut y conformer son langage. La chose fut très-bien prise , et ce siècle écouta des discours indécents tout aussi volontiers que s'il avait eu des mœurs plus pures. Depuis les graveleuses plaisanteries d'Hauleroche et de Montfleury, on n'avait certainement rien entendu sur la scène française d'aussi leste que certains traits du Mariage de Figaro. Quant aux situations, la plupart retracent des entreprises galantes et libertines qu'à la vérité les personnages ne mettent pas à fin , mais que l'imagination des spectateurs achève sans peine. Le rôle entier du jeune page était seul fait pour réveiller les idées les plus sensuelles, exciter les émotions les plus voluptueuses.

Une autre cause bien avérée et bien puissante du plaisir qu'on éprouvait à cette pièce; c'est la hardiesse avec laquelle

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l'auteur parlait de toutes les institutions existantes. On les avait attaquées dans mille ouvrages plus ou moins publics et tolérés ; on les avait frondées plus ou moins vivement dans tous les cercles de la cour et de la ville ; mais jusque-là nos théâtres n'en avaient fait la satire que d'une manière fort indirecte , et qui n'avait pas toujours été sans danger pour les auteurs. Une critique, même légère et détournée, proférée journalièrement devant un grand nombre d'hommes rassemblés qui reçoivent tous à la fois la même impression et la manifestent avec une véhémence qu'aucune crainte n'enchaîne , avait toujours paru au gouvernement plus inquiétante pour son autorité et sa considération que les plus violentes censures énoncées dans les livres et dans les conversations, attendu qu'il n'en pouvait jamais résulter que des impressions isolées ou du moins partielles , dont la communication était nécessairement plus lente et plus circonspecte. Beaumarchais entreprit de vaincre cette sage peur d'un gouvernement qui ne péchait pas par excès de prudence , et il en vint à bout. Cette réussite confond d'étonnement, lorsqu'on se rappelle les traits audacieux semés dans la comédie de la Folle Journée , et entassés dans ce fameux monologue où Figaro va jusqu'à exercer son pyrrhonisme sur la question de l'immatérialité de l'âme, qui assurément n'avait que faire là. Le roi de Suède disait de la pièce : « Je l'ai trouvée insolente , mais non pas « indécente. » Ce monarque du Nord était apparemment plus chatouilleux sur l'article de l'autorité, que délicat sur celui des bienséances. Il faut le dire franchement : la pièce est ce qu'elle semblait au roi de Suède , et ce qu'elle ne lui semblait pas. C'est ainsi qu'en pensaient le roi , la reine et tous les princes, à l'exception d'un seul, qui avait cru trouver un moyen de consistance dans l'esprit d'opposition. Beaucoup de gens de la cour, de gens du monde et de gens de lettres partageaient cette opinion. Beaumarchais , qui ne connaissait point d'obstacles , parce qu'il n'en est pas que la persévérance ne surmonte , et qu'en lui cette qualité allait jusqu'à l'obstination; Beaumarchais lutta pendant quatre années contre la volonté du gouvernement, n'ayant d'autre auxiliaire que la curiosité publique puissamment excitée par ce long débat. Il ne se lassa point de demander ce qu'à la fin on se

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ïassa de lui refuser , et il obtint de l'autorité suprême la permission de la couvrir de ridicule en plein théâtre , elle et toutes les institutions qui émanaient d'elle et qui lui servaient de soutien. Il eut , à ce qu'il paraît, l'art de donner le^change à tous les amours-propres qui se trouvaient intéressés dans son ouvrage : en véritable auteur comique , il répéta dans le monde une scène assez commune au théâtre, celle où l'on voit un personnage confier en secret et séparément à chacun de ceux qu'il veut bafouer, le ridicule des autres, et les amener au point de se charger entre eux d'épigrammes et d'injures , sans que pas un d'eux soupçonne la ruse dont ils sont tous lupes. Il avait mis dans sa comédie cette phrase : « Il n'y a u que les petits hommes qui redoutent les petits écrits ; » et c'était là le texte dont il faisait insidieusement le commentaire à chacun de ceux qu'il voulait se rendre favorables. Chacun , redoutant de passer pour un petit homme, eut l'air de ne point redouter pour soi le petit écrit , et ne fut point fâché dans son cœur que le petit écrit attaquât beaucoup de petits hommes de sa connaissance. La mystification ainsi ourdie , arriva le dénoûment , c'est-à-dire la représentation du Mariage de Figaro : tous les petits hommes eurent le plaisir de se moquer les uns des autres en face du public , qui prit la liberté de se moquer d'eux tous. Il faut avouer qu'il n'y a rien de si comique que cela dans la comédie, et que la Harpe eut grande raison de dire à l'auteur , qui ne s'en défendit pas très-fort , que , quoiqu'il y eût beaucoup d'esprit dans ses Noces de Figaro , il en avait fallu moins pour les composer que pour les faire jouer.

C'est pour cela même que j'ai trouvé plus intéressant et plus utile d'examiner l'ouvrage sous le rapport politique et moral que sous le rapport dramatique , bien que , sous ce dernier point de vue, il ne soit indigne ni d'attention ni d'estime. Les Jtr^iâ£j^mje^s^es appartiennent à la bonne com^je^^injn^ue, mais sont pourtant inférieurs en ce genre au Barbier de Séville. Les deux derniers appartiennent , comme on l'a déjà dit, au genre de hJmUerne magique : ce sont des tableaux qui se succèdenF r^^ïïfTfi^sHiTw^ Les scènes nocturnes , cette source de quiproquo , si souvent employée 3ans les intrigues espagnoles, qu'elle y est de coutume et

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presque de rigueur, produisent ici des incidents dont l'invraisemblance répugne à une scène aussi raisonnable que la nôtre; et l'on peut dire que l'auteur a étrangement abusé du privilége dejajgcaiité. Il n'a pas moins abusé du monologue , e*£ pèce de concession faite à rarfdnmia^^ de la

vérité, en mettant dans la bouche de son Figaro cet inconcevable soliloque qui remplit cinc[ pa^es in-8°, et dont le débit dure un quart d'heure au théâtre. Parler tout seul est d'un fou : on permet cette manie sur la scène à la passion violents et à la préoccupation excessive , parce que ce sont des espèces de folie ; mais sous la condition expresse qu'elles ne laisseront ainsi échapper leur pensée qu'en peu de mots et avec une sorte de désordre , parce qu'elles sont alors dans un état d'obsession qui ne peut être de longue durée , et n'admet point l'exacte liaison des idées. Conçoit-on , d'après ce principe, qu'un homme possédé du démon de la jalousie , qui ne devrait exhaler sa rage qu'en quelques phrases brisées et tumultueuses , s'amuse à faire aux échos, pendant un bon quart d'heure, le narré fidèle et suivi de toutes ses aventures, enjolivé de réflexions morales et de problèmes métaphysiques? Certes, si ce monologue n'avait pas eu pour les malins spectateurs tout l'intérêt d'un pamphlet bien hardi , ils l'au raient conspué comme la pluslnonTtru eulëTiïëequi fût jamais sortie d'un cerveau dramatique. L'auteur le savait bien , et tout son talent ici est d'avoir parfaitement jugé les dispositions de son auditoire. Le style de la Folle Journée étincelle de saillies fort gaies, de traits spirituels et satiriques, aiguisés par l'expression la plus piquante : plusieurs sont restés dans la mémoire, et prennent place comme proverbes dans la conversation. Mais le mauvais ton et le mauvais goût, le jargon baroque mêlé d'empliase et de trivialité , les plaisanteries banales et les froids quolibets s'y trouvent répandus avec la même profusion. Les meilleurs morceaux qui soient sortis de la plume de Beaumarchais ne sont pas exempts de cette fâcheuse bigarrure. Il a véritablement un style à lui, et ce style est le même dans tout ce qu'il a écrit. Que l'on compare ses Mémoires et ses comédies s et que Ton fasse abstraction , comme de raison, de tout ce qui tient essentiellement au genre plus grave des factums 3 c'est-à-dire du ton d'indignation

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éloquente à laquelle l'auteur s'élève quelquefois , et des procédés de cette dialectique vigoureuse et puissante avec laquelle il poursuit ses adversaires , on apercevra facilement , dans ses ouvrages de barreau et de théâtre, les mêmes mouvements, les mêmes tours, les mêmes artifices de diction, en un mot , tous les effets d'une même plume ; on y sentira surtout le même mélange des mêmes qualités et des mêmes défauts. Un style dont la physionomie très-prononcée vise ainsi à la caricature est sans doute un inconvénient pour le poëte cojnique , qui doit donner à chacun de sespersonnages un langage assorti à son caractère convenu , et à to^uTunTangage différent. Cet inconvénient, Beaumarchais l'a diminué en plaçant en première ligne , dans ses trois principaux ouvrages dramatiques, un même être imaginaire, et, comme je l'ai déjà dit , un être inffivlHû^fquTn'avait point dans le monde moral ' de type commun auquel on pût le comparer , et à qui , par conséquent, l'auteur pouvait plus impunément prêter son propre langage. Le mal est qu'il en aiUait^aussi présent à ses a^itres^pêrsonnages , qui tous parlent plus ou moins la langue fle Figaro. Figaro a plus d'esprit qu'eux tous ; maîs*cë qïïlïs erT ont est de la même trempe que le sien et a la même forme.

J'ai dit plus haut quel était le but particulier de Beaumarchais en composant Tarare. Il eut de plus la prétention de faire révolution sur la scène lyrique, et il exposa fastueusement, dans une préface, son nouveau système, qui consistait à subordonner la musique aux paroles , en simplifiant Tune et en donnant aux aulxêlTpTus d'importance et d'intérêt : l'exécution répondit mal à la grandeur du projet et à l'emphase de l'annonce. Le prologue , où l'auteur établissait le principe de cette égalité naturelle que détruisent le hasard de la naissance et l'aveugle distribution d'états qui en résulte, parut l'idée la plus tristement bizarre qu'on eût encore mise en œuvre sur la scène de l'Opéra, ce pays des aimables chimères et du merveilleux. La pièce elle-même, malgré le fracas des événements , la singulière opposition des personnages , eT le m^lajnjej^ tons , fut trouvée un ouvrage aussi

ennuyeux que Beaucoup d'autres du même genre , où seulement on n'avait pas fait tant de frais pour cela. La versification en est un module achevé de dureté, de prosaïsme, de

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platitude et de bouffissure. On citera longtemps , comme un cfTef-d'oHivre de ridicule , ces vers que chantait un chœur de paysans •

Notre amour est pour la pâture, Et tous nos soins Sont pour nos foins.

Beaumarchais les a retranchés à la reprise de son opéra , et c'est de sa part un acte de docilité dont il faut lui savoir gré. Personne n'était moins que lui propre au travail des vers, qui exige plus de soin que la prose , une plus grande délicatesse dans le choix et dans l'arrangement des mots. Il a fait dans sa vie quelques chansons, dont la meilleure , ou du moins la plus connue , celle de Robin , n'a pas cette verve de gaieté polissonne et cette honnête expression des plus malhonnêtes îvieeo qui donnent tant de prix aux bonnes chansons de Collé.

Peu d'années avant la révolution, Beaumarchais avait entrepris une édition complète des œuvres de Voltaire. Cette entreprise, dans laquelle il perdit un million, ne répondit nlà Vénoi me dépense qu'elle avait occasionnée , ni à la gloire du grand écrivain auquel on avait voulu élever un monument digne de lui. Pendant la révolution , Beaumarchais acheva de détruire sa fortune par plusieurs autres spéculations mal conçues ou traversées par les circonstances ; il faillit perdre la vie, fut quelque temps privé de sa liberté, et se réfugia ensuite chez l'étranger. Revenu en France dans des temps un peu plus tranquilles, il mourut subitement et sans maladie le 19 mai 1799, âgé de soixante-sept ans et trois mois.

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