‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 204 sur 487 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE COMTE, ROSINE, FIGARO

(Figaro allume toutes les bougies qui sont sur la table.) LE COMTE.

La voici. — Ma belle Rosine!...

ROSINE d'un ton très-compose.

Je commençais , monsieur, à craindre que vous ne vinssiez pas.

LE COMTE

Charmante inquiétude !... Mademoiselle, il ne me convient point d'abuser des circonstances pour vous proposer de partager le sort d'un infortuné ; mais quelque asile que vous choisissiez, je jure mon honneur...

ROSINE

Monsieur, si le don de ma main n'avait pas dû suivre à l'instant celui de mon cœur, vous ne seriez pas ici. Que la nécessité justifie à vos yeux ce que cette entrevue a dlr régulier.

LE COMTE

Vous , Rosine ! la compagne d'un malheureux , sans fortune , sans naissance!...

La naissance, la fortune! Laissons-là les jeux du hasard \ et si vous m'assurez que vos intentions sont pures.., LE COMTE à ses pieds.

Ah! Rosine! je vous adore!...

ROSINE indignée.

Arrêtez, malheureux !.... vous osez profaner....! Tu m'adores !.... Va ! tu n'es plus dangereux pour moi ; j'attendais ce mot pour te détester. Mais avant de t'abandonner au remords qui t'attend ( en pleurant ), apprends que je t'aimais ; apprends que je faisais mon bonheur de partager ton mauvais sort. Misérable Lindor ! j'allais tout quitter pour te suivre. Mais le lâche abus que tu as fait de mes bontés, et l'indignité de cet affreux comte Almaviva, à qui tu me vendais, ont fait rentrer dans mes mains ce témoignage de ma faiblesse. Connaistu cette lettre?

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