ACTE IV, SCÈNE VI
LE COMTE vivement.
Que votre tuteur vous a remise ?
ROSINE fièrement.
Oui , je lui en ai l'obligation.
LE COMTE
Dieux , que je suis heureux ! Il la tient de moi. Dans mon embarras , hier, je m'en suis servi pour arracher sa confiance ; et je n'ai pu trouver l'instant de vous en informer. Ah r Rosine! ii est donc vrai que vous m'aimez véritablement l
FIGARO
Monseigneur, vous cherchiez une femme qui vous aimât pour vous-même....
ROSINE
Monseigneur!... Que dit-il?
LE COMTE, jetant son large manteau, paraît en habit magnifique.
O la plus aimée des femmes! il n'est plus temps de vous abuser : l'heureux homme que vous voyez à vos pieds n'est point Lindor; je suis le comte Almaviva, qui meurt d'amour, et vous cherche en vain depuis six mois.
ROSINE tombe dans les bras du comte
Ah!...
LE COMTE effrayé.
Figaro !
FIGARO
Point d'inquiétude , monseigneur : la douce émotion de la joie n'a jamais de suites fâcheuses ; la voilà , la voilà qui reprend ses sens. Morbleu, qu'elle est belle!
ROSINE
Ah, Lindor!.... Ah, monsieur! que je suis coupable ! j'allais me donner cette nuit-même à mon tuteur.
LE COMTE
Vous, Rosine!
ROSINE
Ne voyez que ma punition ! J'aurais passé ma vie à vous détester. Ah , Lindor ! le plus affreux supplice n'est-il pas de haïr, quand on sent qu'on est faite pour aimer ?
FIGARO regarde à la fenêtre.
Monseigneur, le retour est fermé ; l'échelle est enlevée.
LE COMTE
Enlevée !
ROSINE troublée.
Oui , c'est moi.... c'est le docteur. Voilà le fruit de ma cré-
dulité. Il m'a trompée. J'ai tout avoué, tout trahi : il sait qt^ vous êtes ici , et va venir avec main-forte.
FIGARO regarde encore.
Monseigneur ! on ouvre la porte de la rue.
ROSINE courant dans les bras du comte avec frayeur. Ah, Lindor!.. .
LE COMTE avec fermeté.
Rosine, vous m'aimez ! Je ne crains personne ; et vous serez ma femme. J'aurai donc le plaisir de punir à mon gré l'odieux vieillard!...
ROSINE
Non, non; grâce pour lui, cher Lindor! Mon cœur est si plein , que la vengeance ne peut y trouver place,