‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 229 sur 487 · ACTE I , SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE IX

BAZILE

Ah, que je suis fâché d'être entré!

SUZANNE troublée

Mon dieu ! mon dieu !

LE COMTE à Bazilc.

Elle est saisie. Asseyons-la dans ce fauteuil.

SUZANNE le repousse vivement.

Je ne veux pas m'asseoir. Entrer ainsi librement , c'est indigne!

LE comte.

Nous sommes deux avec toi, ma chère. Il n'y a plus le moindre danger!

BAZILE

Moi je suis désolé de m'être égayé sur le page, puisque tous l'entendiez. Je n'en usais ainsi que pour pénétrer ses sentiments; car au fond...

LE COMTE

Cinquante pistoles , un cheval , et qu'on le renvoie à ses parents.

BAZILE

Monseigneur, pour un badinage?

LE COMTE

Un petit libertin que j'ai surpris encore hier avec la fille du Jardinier.

BAZILE

Avec Fanchette ?

LE COMTE

Et dans sa chambre.

SUZANNE outrée.

Où monseigneur avait sans doute affaire aussi !

LE COMTE gaiement.

J'en aime assez la remarque.

BAZILE

Elle est d'un bon augure.

LE COMTE gaiement.

Mais non ; j'allais chercher ton oncle Antonio, mon ivrogne de jardinier, pour lui donner des ordres. Je frappe , on est longtemps à m'ouvrir; ta cousine a l'air empêtré ; je prends un soupçon, je lui parle, et tout en causant j'examine. Il y avait derrière la porte une espèce de rideau , de porte-manteau , de je ne sais pas quoi , qui couvrait des hardes ; sans faire semblant de rien , je vais doucement , doucement lever Ce rideau (pour imiter le geste il lève la robe du fauteuil), et je Vois... 11 aperçoit le page. Ah...*

"Siuanne, Chérubin dans le fauteuil, le Comte, Bazile.

LE MARIAGE DE FIGARO

BAZILE

Ha, ha!

LE COMTE

Ce tour-ci vaut l'autre.

BAZILE

Encore mieux.

LE COMTE à Suzanne.

A merveilles, mademoiselle ! à peine fiancée, vous faites de ces apprêts? C'était pour recevoir mon page que vous désiriez d'être seule? Et vous, monsieur, qui ne changez point de conduite , il vous manquait de vous adresser, sans respect pour votre marraine, à sa première camariste, à la femme de votre ami ! Mais je ne souffrirai point que Figaro , qu'un homme que j'estime et que j'aime , soit victime d'une pareille tromperie. Était-il avec vous, Bazile?

SUZANNE outrée.

Il n'y a tromperie ni victime; il était là lorsque vous me parliez.

LE COMTE emporté.

Puisses-tu mentir en le disant ! son plus cruel ennemi n'oserait lui souhaiter ce malheur.

SUZANNE

Il me priait d'engager madame à vous demander sa grâce. Votre arrivée l'a si fort troublé, qu'il s'est masqué de ce fauteuil.

LE COMTE en colère.

Ruse d'enfer! je m'y suis assis en entrant.

CHÉRUBIN

Hélas , monseigneur, j'étais tremblant derrière .

LE COMTE

Autre fourberie ! je viens de m'y placer moi-même.

CHÉRUBIN

Pardon; mais c'est alors que je me suis blotti dedans.

LE COMTE plus Outré.

C'est donc une couleuvre que ce petit... serpent-là! Il nous écoutait !

CHÉRUBIN

Au contraire, monseigneur, j'ai fait ce que j'ai pu pour ne rien entendre.

LE COMTE

O perfidie! (A Suzanne) Tu n'épouseras pas Figaro.

BAZILE

Contenez-vous , on vient.

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