ACTE I, SCÈNE X
SUZANNE
M est au désespoir ; monseigneur le renvoie.
LA COMTESSE
Ah ! monsieur, je demande sa grâce.
LE COMTE
Il ne la mérite point.
LA COMTESSE
Hélas ! il est si jeune !
LE COMTE
Pas tant que vous le croyez.
CHÉRUBIN tremblant.
Pardonner généreusement n'est pas le droit du seigneur auquel vous avez renoncé en épousant madame.
LA COMTESSE
Il n'a renoncé qu'à celui qui vous affligeait tous.
SUZANNE
Si monseigneur avait cédé le droit de pardonner, ce serait sûrement le premier qu'il voudrait racheter en secret.
LE COMTE embarrassé
Sans doute.
LA COMTESSE
Et pourquoi le racheter?
CHÉRUBIN au comte.
Je fus léger dans ma conduite, il est vrai, monseigneur ; mais jamais la moindre indiscrétion dans mes paroles.. ,
LE COMTE embarrassé.
Eh bien, c'est assez !
FIGARO
Qu'entend il ?
LE COMTE vivement.
C'est assez, c'est assez. Tout le monde exige son pardon, je l'accorde; et j'irai plus loin : je lui donne une compagnie dans ma légion.
TOUS ENSEMBLE. '
Vivat! }
LE COMTE
Mius c'est à condition qu'il partira sur-le-champ pour joindre en Catalogne.
Ah î monseigneur, demain.
LE COMTE insiste.
Je le veux.
CHÉRUBIN
J'obéis.
LE MARIAGE DE FIGARO
LE COMTE
Saluez votre marraine, et demandez sa protection, CHÉRUBIN met un genou en terre devant la comtesse , et ne peut parler.
LA COMTESSE émue .
Puisqu'on ne peut vous garder seulement aujourd'hui, partez, jeune homme. Un nouvel état vous appelle ; allez le remplir dignement. Honorez votre bienfaiteur. Souvenez-vous de cette maison , où votre jeunesse a trouvé tant d'indulgence. Soyez soumis , honnête et brave ; nous prendrons part à vos succès. (Chérubin se relève, et retourne à sa place.)
LE COMTE
Vous êtes bien émue, madame!
LA. COMTESSE
Je ne m'en défends pas. Qui sait le sort d'un enfant jeté dans une carrière aussi dangereuse! Il est allié de mes parents; et de plus, il est mon filleul.
Je vois que Bazile avait raison. (Haut.) Jeune homme, embrassez Suzanne... pour la dernière fois.
FIGARO
Pourquoi cela, monseigneur? Il viendra passer ses hivers. Baise-moi donc aussi , capitaine ! (Il l'embrasse.} Adieu , mon petit Chérubin. Tu vas mener un train de vie bien différent , mon enfant : dame ! tu ne rôderas plus tout le jour au quartier des femmes ; plus d'échaudés, de goûtés à la crème ; plus de main-chaude ou de colin-maillard. De bons soldats, morbleu ! basanés , mal vêtus; un grand fusil bien lourd : tourne à droite , tourne à gauche, en avant, marche à la gloire; et ne va pas broncher en chemin, à moins qu'un bon coup de feu..
SUZANNE
Fi donc, l'horreur !
LÀ COMTESSE
Quel pronostic !
LE COMTE
Où donc est Marceline? Il est bien singulier qu'elle ne soit pas des vôtres !
FANCHETTE
Monseigneur , elle a pris le chemin du bourg, par le petit sentier de la ferme.
LE COMTE
Et elle en Teviendra. . . ?