‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 236 sur 487 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

FÏGAkO, SUZANNE , LA COMTESSE assise.

SUZANNE

Mon cher ami , viens donc. Madame est dans une impatience!...

FIGARO

Et toi, ma petite Suzanne? — Madame n'en doit prendre aucune. Au fait , de quoi s'agit-il ? d'une misère. Monsieur le comte trouve notre jeune femme aimable , il voudrait en faire sa maîtresse ; et c'est bien naturel.

Naturel ?

FIGARO

Puis il m'a nommé courrier de dépêches, et Suzon conseiller d'ambassade. Il n'y a pas là d'étourderie.

SUZANNE

Tu finiras ?

FIGARO

Et parce que Suzanne , ma fiancée , n'accepte pas le diplôme , il va favoriser les vues de Marceline. Quoi de plus simple encore? Se venger de ceux qui nuisent à nos projets en renversant les leurs , c'est ce que chacun fait , ce que nous allons faire nous-mêmes. Eh bien , voilà tout pourtant.

LA COMTESSE

Pouvez-vous , Figaro , traiter si légèrement un dessein qui nous coûte à tous le bonheur ?

FIGARO

Qui dit cela , madame ?

SUZANNE

Au lieu de t'aftliger de nos chagrins...

FIGARO

N'est-ce pas assez que je m'en occupe? Or , pour agir aussi méthodiquement que lui , tempérons d'abord son ardeur de nos possessions , en l'inquiétant sur les siennes.

LA COMTESSE

C'est bien dit ; mais comment ?

Beaumarchais.

LE MATJA.GE DE FIGARO

FIGARO

C'est déjà fait , madame ; un faux avis donne sur vous...

LA COMTESSE

Sur moi ! La tête vous tourne !

FIGARO

Oh ! c'est à lui qu'elle doit tourner.

LA COMTESSE

Un homme aussi jaloux !...

FIGARO

Tant mieux : pour tirer parti des gens de ce caractère , il ne faut qu'un peu leur fouetter le sang ; c'est ce que les femmes entendent si bien î Puis, les tient-on fâchés tout rouge , avec un brin d'intrigue on les mène où Y on veut , par le nez, dans le Guadalquivir. Je vous ai fait rendre à Bazile un billet inconnu , lequel avertit monseigneur qu'un galant doit chercher à vous voir aujourd'hui pendant le bal.

LA COMTESSE

Et vous vous jouez ainsi de la vérité sur le compte d'une femme d'honneur !..

FIGARO

Il y en a peu , madame, avec qui je l'eusse osé, crainte de rencontrer juste.

LA COMTESSE

Il faudra que je l'en remercie !

Mais dites-moi s'il n'est pas charmant de lui avoir taillé ses morceaux de la journée , de façon qu'il passe à rôder , à jurer après sa dame , le temps qu'il destinait à se complaire avec la nôtre ? Il est déjà tout dérouté : gajjpera-t-il celle-ci ? surveillera-t-il celle-là ? Dans son trouNE d'esprit , tenez , tenez , le voilà qui court la plaine , et force un lièvre qui n'en peut mais. L'heure du mariage arrive en poste; il n'aura pas pris de parti contre , et jamais il n'osera s'y opposer devant madame.

SUZANNE

Non ; mais Marceline , le bel esprit , osera le faire , elle.

FIGARO

Brrrr ! Cela m'inquiète bien, ma foi ! Tu feras dire à monseigneur que tu te rendras sur la brune au jardin.

SUZANNE

Tu comptes sur celui-là ?

FIGARO

Oh dame \ écoutez donc , les gens qui ne veulent rien faire de rien n'avancent rien et ne sont bons à rien. Voilà mon mot.

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