‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 337 sur 487 · UN MOT · texte numérisé non relu

UN MOT

SUR LA MÈRE COUPABLE

Pendant ma longue proscription , quelques amis zélés avaient imprimé cette pièce , uniquement pour prévenir Fabus d'une contrefaçon inlidèle , furtive , et prise à la volée pendant les représentations *. Mais ces amis eux-mêmes , pour éviter d'être froissés par les agents de la terreur, s'ils eussent laissé leurs vrais titres aux personnages espagnols (car alors tout était péril), se crurent obligés de les défigurer, d'altérer même leur langage, et de mutiler plusieurs scènes.

Honorablement rappelé dans ma patrie après quatre années d'infortune , et la pièce étant désirée par les anciens acteurs du Théâtre Français , dont on connaît les grands talents , je la restitue en entier dans son premier état. Cette édition est celle que j'avoue.

Parmi les vues de ces artistes , j'approuve celle de présenter, en trois séances consécutives, tout le roman de la famille Almaviva , dont les deux premières époques ne sem-f blent pas, dans leur gaieté légère, offrir des rapports bien' sensibles avec la profonde et touchante moralité de la dernière ; mais elles ont, dans le plan de l'auteur, une connexion intime , propre à verser le plus vif intérêt sur les représentations de la Mère coupable.

J'ai donc pensé , avec les comédiens , que nous pouvions dire au public : Après, avoir bien ri , le premier jour, au Bar- Merde Séville, de la turbulente jeunesse du comte Almaviva , laquelle est à peu près celle de tous les hommes ;

Après avoir, le second jour, gaiement considéré, dans la Folle Journée, les fautes de son âge viril , et qui sont trop souvent les nôtres,

Venez vous convaincre avec nous, par le tableau de sa vieillesse, en voyant la Mère coupable, que tout homme qui n'est pas né un épouvantable méchant finit toujours par être bon, quand l'âge des passions s'éloigne, et surtout quand il

* Elle fut représentée, pour la première fois, au théâtre du Marais, 1« ïtt juin 1792,

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