‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 411 sur 487 · LES PRÉCÉDENTS, FIGARO · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, FIGARO

FIGARO accourant.

Elle a repris sa connaissance?

SUZANNE

Ah Dieu ! j'étouffe aussi. (Elle se desserre.)

LE COMTE crie.

Figaro ! vos secours !

FIGARO étouffé.

Un moment, calmez-vous. Son état n'est plus si pressant. Moi qui étais dehors, grand Dieu! Je suis rentré bien à propos!... Elle m'avait fort effrayé! Allons, madame, du courage !

LA COMTESSE priant, renversée.

Dieu de bonté , fais que je meure !

LÉON en l'asseyant mieux.

Non , maman , vous ne mourrez pas, et nous réparerons nos torts. Monsieur ! vous que je n'outragerai plus en vous donnant un autre nom, reprenez vos titres, vos biens ; je n'y avais nul droit : hélas ! je l'ignorais. Mais, par pitié, n'écrasez point d'un déshonneur public cette infortunée qui fut votre.... Une erreur expiée par vingt années de larmes est-elle encore un crime , alors qu'on fait justice ? Ma mère et moi , nous nous bannissons de chez vous.

LE COMTE exalté.

Jamais ! Yous n'en sortirez point.

LA MÈRE COUPABLE

LÉON

Un couvent sera sa retraite ; et moi, sous mon nom de Léon, sous le simple habit d'un soldat , je défendrai la liberté de notre nouvelle patrie. Inconnu, je mourrai pour elle, ou je la servirai en zélé citoyen.

(Suzanne pleure dans un coin; Figaro est absorbé dans l'autre.) LA COMTESSE péniblement.

Léon ! mon cher enfant ! ton courage me rend la vie. Je puis encore la supporter, puisque mon fils ala vertu de ne pas détester sa mère. Cette fierté dans le malheur sera ton noble patrimoine. Il m'épousa sans biens; n'exigeons rien de lui. Le travail de mes mains soutiendra ma faible existence ; et toi , tu serviras l'État.

LE COMTE avec désespoir.

Non , Rosine ! jamais ! C'est moi qui suis le vrai coupable ! De combien de vertus je privais ma triste vieillesse !.. .

LA COMTESSE

Vous en serez enveloppé. — Florestine et Bégearss vous restent. Floresta, votre fille , l'enfant chéri de votre cœur!... LE COMTE étonné.

Comment? d'où savez-vous? qui vous l'a dit ?

LA COMTESSE

Monsieur, donnez-lui tous vos biens; mon fils et moi n'y mettons point d'obstacle ; son bonheur nous consolera. Mais , avant de nous séparer, que j'obtienne au moins une grâce ! Apprenez-moi comment vous êtes possesseur d'une terrible lettre que je croyais brûlée avec les autres? Quelqu'un m'at-il trahie ?

FIGARO s'écriant.

Oui! l'infâme Bégearss ! Je l'ai surpris tantôt qui la remettait à monsieur.

LE COMTE parlant vite.

Non, je la dois au seul hasard. Ce matin, lui et moi, pour un tout autre objet , nous examinions votre écrin, sans nous douter qu'il eût un double fond. Dans le débat , et sous ses doigts, le secret s'est ouvert soudain , à son très-grand étonnement. Il a cru le coffre brisé!

FIGARO criant plus fort.

Son étonnement d'un secret ? Monstre ! c'est lui qui Fa fait faire !

LE COMTE

Est-il possible?

LA COMTESSE

Il est trop vrai !

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