‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 412 sur 487 · ACTE IV, SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XVIII

LE COMTE

Des papiers frappent nos regards ; if en ignorait l'existence ; et, quand j'ai voulu les lui lire, il a refusé de les voir.

SUZANNE s'écriant.

Il les a lus cent fois avec madame !

LE COMTE

Est-il vrai ? Les connaissait-il?

LA COMTESSE

Ce fut lui qui me les remit qui les apporta de l'armée, lorsqu'un infortuné mourut.

LE COMTE

Cet ami sûr, instruit de tout ?

FIGARO, LA COMTESSE, SUZANNE, ensemble, criant. C'est lui!

LE COMTE

O scélératesse infernale ! Avec quel art il m'avait engagé ! A préserit je sais tout.

FIGARO

Vous le croyez!

LE COMTE

Je connais son affreux projet. Mais, pour en être plus certain , déchirons le voile en entier. Par qui savez-vous donc ce qûi touche ma Florestine?

LA COMTESSE vite

Lui seul m'en a fait confidence.

LÉON vite.

H me l'a dit sous le secret.

SUZANNE vite.

Il me l'a dit aussi.

LE COMTE avec horreur.

O monstre! Et moi j'allais la lui donner! mettre ma fortune en ses mains !

FIGARO vivement.

Plus d'un tiers y serait déjà , si je n'avais porté, sans vous le dire , vos trois millions d'or en dépôt chez monsieur Fal : vous alliez l'en rendre le maître : heureusement je m'en suis douté ; je vous ai donné son reçu

LE COMTE vivement.

Le scélérat vient de me l'enlever pour en aller toucher la somme.

FIGARO désolé.

O proscription sur moi ! Si l'argent est remis, tout ce que j'ai fait est perdu ! Je cours chez monsieur Fal. Dieu veuille qu'il ne soit pas trop tard !

LA MÈRE COUPABLE

LE COMTE à Figaro.

Le traître n'y peut être encore.

FIGARO

S'il a perdu un temps, nous le tenons. J'y cours. (Il veut

sortir.)

LE COMTE vivement, l'arrête.

Mais , Figaro , que le fatal secret dont ce moment vient de t'instruire reste enseveli dans ton sein !

FIGARO avec une grande sensibilité. Mon maître , il y a vingt ans qu'il est dans ce sein-là , et dix que je travaille à empêcher qu'un monstre n'en abuse ! Attendez surtout mon retour, avant de prendre aucun parti. LE COMTE vivement.

Penserait-il se disculper ?

FIGARO

Il fera tout pour le tenter (Il tire une lettre de sa poche.) ; mais voici le préservatif. Lisez le contenu de cette épouvantable lettre; le secret de l'enfer est là. Vous me saurez bon gré d'avoir tout fait pour me la procurer. ( 11 lui remet la lettre de Bégearss.) Suzanne ! des gouttes à ta maîtresse. Tu sais comment je les prépare. (Il lui donne un flacon. ) Passez-la sur sa chaise longue ; et le plus grand calme autour d'elle. Monsieur, au moins ne recommencez pas ; elle s'éteindrait dans nos mains !

LE COMTE exalté.

Recommencer! Je me ferais horreur 1

FIGARO à la comtesse.

Vous l'entendez , madame ? Le voilà dans son caractère ! et c'est mon maître que j'entends- Ah ! je 1 ai toujours dit de lui: la colère, chez les bons cœurs , n'est qu'un besoin pressant de pardonner! (U sort précipitamment.)

( Le comte et Léon la prennent sous Jes bras; ils sortent tous.)

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