ACTE IV, SCÈNE XVIII
LE COMTE
Des papiers frappent nos regards ; if en ignorait l'existence ; et, quand j'ai voulu les lui lire, il a refusé de les voir.
SUZANNE s'écriant.
Il les a lus cent fois avec madame !
LE COMTE
Est-il vrai ? Les connaissait-il?
LA COMTESSE
Ce fut lui qui me les remit qui les apporta de l'armée, lorsqu'un infortuné mourut.
LE COMTE
Cet ami sûr, instruit de tout ?
FIGARO, LA COMTESSE, SUZANNE, ensemble, criant. C'est lui!
LE COMTE
O scélératesse infernale ! Avec quel art il m'avait engagé ! A préserit je sais tout.
FIGARO
Vous le croyez!
LE COMTE
Je connais son affreux projet. Mais, pour en être plus certain , déchirons le voile en entier. Par qui savez-vous donc ce qûi touche ma Florestine?
LA COMTESSE vite
Lui seul m'en a fait confidence.
LÉON vite.
H me l'a dit sous le secret.
SUZANNE vite.
Il me l'a dit aussi.
LE COMTE avec horreur.
O monstre! Et moi j'allais la lui donner! mettre ma fortune en ses mains !
FIGARO vivement.
Plus d'un tiers y serait déjà , si je n'avais porté, sans vous le dire , vos trois millions d'or en dépôt chez monsieur Fal : vous alliez l'en rendre le maître : heureusement je m'en suis douté ; je vous ai donné son reçu
LE COMTE vivement.
Le scélérat vient de me l'enlever pour en aller toucher la somme.
FIGARO désolé.
O proscription sur moi ! Si l'argent est remis, tout ce que j'ai fait est perdu ! Je cours chez monsieur Fal. Dieu veuille qu'il ne soit pas trop tard !
LA MÈRE COUPABLE
LE COMTE à Figaro.
Le traître n'y peut être encore.
FIGARO
S'il a perdu un temps, nous le tenons. J'y cours. (Il veut
sortir.)
LE COMTE vivement, l'arrête.
Mais , Figaro , que le fatal secret dont ce moment vient de t'instruire reste enseveli dans ton sein !
FIGARO avec une grande sensibilité. Mon maître , il y a vingt ans qu'il est dans ce sein-là , et dix que je travaille à empêcher qu'un monstre n'en abuse ! Attendez surtout mon retour, avant de prendre aucun parti. LE COMTE vivement.
Penserait-il se disculper ?
FIGARO
Il fera tout pour le tenter (Il tire une lettre de sa poche.) ; mais voici le préservatif. Lisez le contenu de cette épouvantable lettre; le secret de l'enfer est là. Vous me saurez bon gré d'avoir tout fait pour me la procurer. ( 11 lui remet la lettre de Bégearss.) Suzanne ! des gouttes à ta maîtresse. Tu sais comment je les prépare. (Il lui donne un flacon. ) Passez-la sur sa chaise longue ; et le plus grand calme autour d'elle. Monsieur, au moins ne recommencez pas ; elle s'éteindrait dans nos mains !
LE COMTE exalté.
Recommencer! Je me ferais horreur 1
FIGARO à la comtesse.
Vous l'entendez , madame ? Le voilà dans son caractère ! et c'est mon maître que j'entends- Ah ! je 1 ai toujours dit de lui: la colère, chez les bons cœurs , n'est qu'un besoin pressant de pardonner! (U sort précipitamment.)
( Le comte et Léon la prennent sous Jes bras; ils sortent tous.)