‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 419 sur 487 · ACTE V, SCËJNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCËJNE VII

BÉGEARSS plus surpris encore, voyant le notaire.

Et monsieur Fal ?

M. FAL lui montrant le contrat.

Voyez qu'on ne perd point de temps; tout ici concourt avec vous.

BEGEARSS surpris.

Ha! ha!...

LE COMTE impatient, à Figaro.

Pressez-vous ; ceci me fatigue.

(Pendant cette scène, Bégearss les examine l'un après l'autre avec la plus grande attention.) FIGARO l'air suppliant, adressant la parole au comte.

Puisque la feinte est inutile, achevons mes tristes aveux. Oui, pour nuire à monsieur Bégearss, je répète avec confusion que je me suis mis à l'épier, le suivre et le troubler partout : (Au comte.) car monsieur n'avait pas sonné lorsque je suis entré chez lui pour savoir ce qu'on y faisait du coffre aux brillants de madame, que j'ai trouvé là tout ouvert.

BÉGEARSS

Certes ! ouvert à mon grand regret !

LE COMTE fait un mouvement inquiétant.

(A part.) Quelle audace !

FIGARO se courbant, le tire par l'habit pour l'avertir.

Ah ! mon maître !

M. FAL effrayé.

Monsieur !

BÉGEARSS au comte, à part.

Modérez-vous, ou nous ne saurons rien.

(Le comte frappe du pied ; Bégearss l'examine.) FIGARO soupirant, dit au comte.

C'est ainsi que sachant madame enfermée avec lui, pour brûler de certains papiers dont je connaissais l'importance, je vous ai fait venir subitement.

BÉGEARSS au comte.

Vous l'ai-je dit ?

(Le comte mord son mouchoir, de fureur.) SUZANNE bas à Figaro , par derrière.

Achève, achève !

FIGARO

Enfin , vous voyant tous d'accord, j'avoue que j'ai fait l'impossible pour provoquer entre madame et vous la vive explication... qui n'a pas eu la fin que j'espérais...

LE COMTE à Figaro, avec colère.

Finissez-vous ce plaidoyer ?

LÀ MÈRE COUPABLE

FIGARO Lien humble.

Hélas ! je n'ai plus rien à dire , puisque c'est cette explication qui a fait chercher monsieur Fal, pour finir ici le contrat L'heureuse étoile de monsieur a triomphé de tous mes artifices... Mon maître ! en faveur de trente ans...

LE COMTE avec humeur.

Ce n'est pas à moi de juger. (Il marche vite.)

FIGARO

Monsieur Bégearss !

BÉGEARSS, qui a repris sa sécurité, dit ironiquement.

Qui ! moi ? cher ami , je ne comptais guère vous avoir tant d 'obligations! (ÉlevaDt son ton.) Voir mon bonheur accéléré par le coupable effort destiné à me le ravir ! (A Léon et Florestine.) O jeunes gens ! quelle leçon ! Marchons avec candeur dans le sentier de la vertu. Voyez que tôt ou tard l'intrigue est la perte de son auteur.

FIGARO prosterné.

Ah ! oui !

BÉGEARSS au comte.

Monsieur, pour cette fois encore, et qu'il parte!

LE COMTE à Bégearss, durement.

C'est là votre arrêt?... J'y souscris.

FIGARO ardemment.

Monsieur Bégearss ! je vous le dois. Mais je vois monsieur Fal pressé d'achever un contrat...

LE COMTE brusquement.

Les articles m'en sont connus.

M. FAL

Hors celui-ci . Je vais vous lire la donation que monsieur fait... (Cherchant l'endroit.) M., M., M., messire James-Honoré Bégearss... Ah ! (Il lit.) « Et pour donner à la demoiselle future « épouse une preuve non équivoque de son attachement pour « elle , ledit seigneur futur époux lui fait donation entière de « tous les grands biens qu'il possède ; consistant aujourd'hui « (Il appuie en lisant.) (ainsi qu'il le déclare et les a exhibés « à nous notaires soussignés) en trois millions d'or ici joints, « en très-bons effets au porteur. » (Il tend la main en lisant.) BÉGEARSS.

Les voilà dans ce portefeuille. (Il donne le portefeuille à Fal.) Il manque deux milliers de louis, que je viens d'en ô-ter pour fournir aux apprêts des noces.

FIGARO montrant le comte, et vivement.

Monsieur a décide qu'il payerait tout ; j'ai l'ordre.

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