‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 420 sur 487 · ACTE V, SC LINE Y IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SC LINE Y IL

BÉGEARSS tirant les effets de sa poche, et les remettant au notaire.

En ce cas , enregistrez-les ; que la donation soit entière î {Figaro retourné, se tient la bouche pour ne pas rire. M. Fal ouvre le portefeuille , y remet les effets.) M. FAL montrant Figaro.

Monsieur va tout additionner, pendant que nous achèverons. (H donne le portefeuille ouvert à Figaro, qui, voyant les effets, dit:)

FIGARO l'air exalté.

Et moi j'éprouve qu'un bon repentir est comme toute bonne action , qu'il porte aussi sa récompense.

RÉGEARSS.

En quoi?

J'ai le bonheur de m'assurer qu'il est ici plus d'un généreux homme. Ohî que le ciel comble les vœux de deux amis aussi parfaits ! Nous n'avons nul besoin d'écrire. (Au comte.) Ce sont vos effets au porteur : oui, monsieur, je les reconnais. Entre monsieur Bégearss et vous , c'est un combat de générosité : l'un donne ses biens à l'époux, l'autre les rend à sa future ! (Aux jeunes gens.) Monsieur, mademoiselle! ah! quel bienfaisant

protecteur, et que vous allez le chérir! Mais que dis-je?

l'enthousiasme m'aurait-il fait commettre une indiscrétion offensante? (Tout le monde garde le silence.)

BÉGEARSS, un peu surpris, se remet, prend son parti, et dit.

Elle ne peut l'être pour personne , si mon ami ne la désavoue pas , s'il met mon âme à l'aise , en me permettant d'avouer que je tiens de lui ces effets. Celui-là n'a pas un bon cœur , que la gratitude fatigue ; et cet aveu manquait à ma satisfaction. (Montrant le comte.) Je lui dois bonheur et fortune ; et quand je les partage avec sa digne fille, je ne fais que lui rendre ce qui lui appartient de droit. Remettez-moi le portefeuille ; je ne veux avoir que l'honneur de le mettre à ses pieds moi-même , en signant notre heureux contrat. (H veut le

reprendre.)

FIGARO sautant de joie.

Messieurs, vous l'avez entendu? Vous témoignerez s'il le faut. Mon maître , voilà vos effets ; donnez-les à leur détenteur, si votre cœur l'en juge digne. (H lui remet le portefeuille.) LE COMTE se levant, à Bégearss.

Grand Dieu ! les lui donner ! Homme cruel , sortez de ma maison ; l'enfer n'est pas aussi profond que vous ! Grâce à ce

LA MÈRE COUPABLE

bon vieux serviteur, mon imprudence est réparée : sortez à l'instant de chez moi !

BÉGEARSS

O mon ami, vous êtes encore trompé!

LE COMTE hors de lui, le bride de sa lettre ouverte.

Et cette lettre, monstre! m'abuse-t-elte aussi?

BÉGEARSS la voit; furieux, il arrache au comte la lettre, et se montre tel qu'il est.

Ah!... Je suis pué! mais j'en aurai raison.

LÉON

Laissez en paix une famille que vous avez remplie d'horreur.

BÉGEARSS furieux.

Jeune insensé! c'est toi qui vas payer pour tous; je t'appelle au combat.

LÉON vite.

J'y COUF9.

LE COMTE vite.

Léon !

LA COMTESSE vite.

Mon fils !

FLORESTINE vite.

Mon frère !

LE COMTE

Léon ! je vous défends... (à Bégearss.) Vous vous êtes rendu indigne de l'honneur que vous demandez : ce n'est point par cette voie-là qu'un homme comme vous doit terminer sa vie. (Bégearss fait un geste affreux y sans parler.) FIGARO arrêtant Léon, vivement.

Non , jeune homme , vous n'irez point ; monsieur votre père a raison r et l'opinion est réformée sur cette horrible frénésie : on ne combattra plus ici que les ennemis de l'État. Laissez-le en proie à sa fureur ; et s'il ose vous attaquer, défendez-vous comme d'un assassin. Personne ne trouve mauvais qu'on tue une bête enragée! Mais il se gardera de l'oser: l'homme capable de tant d'horreurs doit être aussi lâche que vil!

BÉGEARSS hors de lui.

Malheureux !

LE COMTE frappant du pied.

Nous laissez-vous enfin? c'est un supplice de vous voir.

(La comtesse est effrayée sur son siège; Florestine et Suzanne la soutiennent; Léon se réunit à elles.)

BÉGEARSS les dents serrées.

Oui, morbleu! je vous laisse; mais j'ai la preuve en main de votre infâme trahison ! Vous n'avez demandé l'agrément

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