‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 444 sur 487 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

TARARE, ALTAMORT, ATAR.

ATAR

Que me veux-tu, brave soldat?

TARARE avec un grand trouble.

O mon roi ! prends pitié de mon affreux état. En pleine paix , un avare corsaire Comble sur moi les horreurs de la guerre.

Tous mes jardins sont ravagés ,

Mes esclaves sont égorgés j

L'humble toit de mon Astasie

m TARARE,

Est consumé par l'incendie....

ATAR

Grâce au ciel , mes serments vont être dégagés l Soldat qui m'as sauvé la vie , Reçois en pur don ce palais Que dix mille esclaves malais Ont construit d'ivoire et d'ébène :

Ce palais , dont l'aspect riant Domine la fertile plaine, Et la vaste mer d'Orient.

Là , cent femmes de Circassie , Pleines d'attraits et de pudeur, Attendront l'ordre de ton cœur, Pour t'enivrer des trésors de l'Asie.

Puisse de ton bonheur l'envieux s'irriter ! Puisse Finfàme calomnie , Pour te perdre , en vain s'agiter ! . , .

ALTAMORT bas.

Mais, seigneur, ta hautesse oublie....

ATAR bas.

Je l'élève, Altamort, pour le précipiter. (Haut.) Allez , vizir, que l'on publie....

O mon roi ! ta bonté doit se faire adorer.

Des maux du sort mon âme est peu saisie ; Mais celui de mon cœur ne peut se réparer : Le barbare emmène Astasie.

ATAR avec un signe d'intelligence.

Quelle est cette femme , Altamort ?

ALTAMORT.

Seigneur, si j'en crois son transport , Quelque esclave jeune et jolie.

TARARE indigné.

Une esclave î une esclave I Excuse , ô roi d'Ormns !

A ce nom odieux tous mes sens sont émus. Astasie est une déesse.

Dans mon cœur souvent combattu , Sa voix sensible , enchanteresse , Faisait triompher la vertu.

D'une ardeur toujours renaissante , J'offrais sans cesse à sa beauté , Sans cesse , à sa beauté touchante , L'encens pur de la volupté.

Elle tenait mon âme active

Page 1