MÉLAC PÈRE, PAULINE, AURELLY
PAULINE habillée.
Ah ! voilà mon oncle de retour.
MÉLAC PÈRE à part, avec douleur.
Et sa nièce !
Bonjour, mon cher oncle; avez-vous mieux reposé cette nuit que la précédente?
AURELLY.
Fort bien ; et toi ?
LES DEUX AMIS
PAULINE
Votre conversation si sérieuse du souper m'a un peu tée : elle m'a laissé une impression... j'ai peu dormi.
AURELLY Cil riant.
Nous aurons soin à l'avenir de monter nos bavardages sur un ton plus gai. Nous ne devons pas troubler les nuits de celle qui nous rend les jours si agréables.
( Pauline l'embrasse.)
MÊLA C PÈRE à part.
Sa sécurité me perce l'âme.
AURELLY.
Ab ça , mon enfant, quel amusement nous disposes-Ui aujourd'hui ?
PAULINE
Cette après-midi? Grand assaut de musique entre l'obstiné Mélac et moi; vous serez les juges. Vous savez qu'il donne la préférence au violon sur tout autre instrument.
AURELLY gaiement.
Et toi, tu défends le clavecin à outrance?
Je soutiens l'honneur du clavecin. La loi du combat es! que le vaincu sera réduit à ne faire qu'accompagner l'autre, qui brillera seul tout le reste du concert; et je vous confie que j'ai de quoi le faire mourir de dépit.
AURELLY,
Bravo ! bravo !
MÉLAC PÈRE d'un ton pénétré.
Ne ferions -nous pas mieux, mes amis, de remettre ce concert? Tant de gens sont à Lyon dans le trouble et l'inquiétude ! «H semble (dira- 1- on) que ceux-ci fassent pa- « rade de leur aisance, pour insulter à l'embarras où les « autres sont plongés. » On comparera cette joie déplacée avec le désespoir qui poignarde peut-être en ce moment d'honnêtes gens qui ne s'en vantent pas.
AURELLY riant.
Ah, ah, ah! vois-tu comment ce grave philosophe détruit nos projets d'un seul mot? Il faut bien lui céder pour avoir la paix. Remets ton cartel à un autre jour.
MÉLAC PÈRE à part, en sortant.
Allons sauver, s'il se peut , l'honneur et la vie à ce malheureux.