‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 93 sur 487 · MÉLAC PÈRE, PAULINE, AURELLY · texte numérisé non relu

MÉLAC PÈRE, PAULINE, AURELLY

PAULINE habillée.

Ah ! voilà mon oncle de retour.

MÉLAC PÈRE à part, avec douleur.

Et sa nièce !

Bonjour, mon cher oncle; avez-vous mieux reposé cette nuit que la précédente?

AURELLY.

Fort bien ; et toi ?

LES DEUX AMIS

PAULINE

Votre conversation si sérieuse du souper m'a un peu tée : elle m'a laissé une impression... j'ai peu dormi.

AURELLY Cil riant.

Nous aurons soin à l'avenir de monter nos bavardages sur un ton plus gai. Nous ne devons pas troubler les nuits de celle qui nous rend les jours si agréables.

( Pauline l'embrasse.)

MÊLA C PÈRE à part.

Sa sécurité me perce l'âme.

AURELLY.

Ab ça , mon enfant, quel amusement nous disposes-Ui aujourd'hui ?

PAULINE

Cette après-midi? Grand assaut de musique entre l'obstiné Mélac et moi; vous serez les juges. Vous savez qu'il donne la préférence au violon sur tout autre instrument.

AURELLY gaiement.

Et toi, tu défends le clavecin à outrance?

Je soutiens l'honneur du clavecin. La loi du combat es! que le vaincu sera réduit à ne faire qu'accompagner l'autre, qui brillera seul tout le reste du concert; et je vous confie que j'ai de quoi le faire mourir de dépit.

AURELLY,

Bravo ! bravo !

MÉLAC PÈRE d'un ton pénétré.

Ne ferions -nous pas mieux, mes amis, de remettre ce concert? Tant de gens sont à Lyon dans le trouble et l'inquiétude ! «H semble (dira- 1- on) que ceux-ci fassent pa- « rade de leur aisance, pour insulter à l'embarras où les « autres sont plongés. » On comparera cette joie déplacée avec le désespoir qui poignarde peut-être en ce moment d'honnêtes gens qui ne s'en vantent pas.

AURELLY riant.

Ah, ah, ah! vois-tu comment ce grave philosophe détruit nos projets d'un seul mot? Il faut bien lui céder pour avoir la paix. Remets ton cartel à un autre jour.

MÉLAC PÈRE à part, en sortant.

Allons sauver, s'il se peut , l'honneur et la vie à ce malheureux.

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