ACTE TROISIÈME
LE COMTE
... Il ne faudrait qu'étudier un peu sous moi la politique.^
FIGARO
Je la sais.
Comme l'anglais, le fond de la langue!
FIGARO
Oui, s'il y avait ici de quoi se vanter. Mais feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore; d'entendre ee qu'on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu'on entend; surtout de pouvoir au delà de ses forces; avoir souvent pour grand secret de cacher qu'il n'y en a point* s'enfermer pour tailler des plumes, et paraître profond quand on n'est, comme on dit, que vide et creux ; jouer bien ou mal un personnage; répandre des espions et pensionner des traîtres; amollir des cacnets, intercepter des lettres, et tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance des objets : voilà toute la politique, ou je meure !
LE COMTE
Eh! c'est l'intrîgue que tu définis!
FIGARO
La politique, l'intrigue, volontiers; mais, comme je les crois un peu germaines, en fasse qui voudra ! faime mieux ma mie^ oh ^ai/ comme dit la chanson du bon roi.
LE COMTE, k part.
Il veut rester. J'entends... Suzanne m'a trahi.
FIGARO, à pari.
Je l'enfile, et le paye en sa monnaie.
LE COMTE
Ainsi, tu espères gagner ton procès contre Marceline?
FIGARO
Me feriez-vous un crime de refuser une vieille fille, quand Votre Excellence se permet de nous souffler toute les jeunes?
LE GOBITE, raillant. / , <*'
Au tribunal le magistrat s'oublie, et ne voit plus que l'or- f\ donnance. / ->
FIGARO
Indul gente aux grands, dure aux petits. -
LE COMTE
Crois-tu donc que je plaisante?
FIGARO
Eh! qui lésait, monseigneur? Tempo e galant uomo, dit l'Italien; il dit toujours la vérité : c'est lui qui m'apprendra v qui me veut du mal, ou du bien.
190 LE MARIAGB DE FIOAliO.
LE COMTE, à part.
Je voi$ qu'on lui a tout dit ; il épousera )fi iMgm^
FIGARO, à part.
Il a joué au fia avec moi, qu'a-t-il appris ?