MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS
RUE VI VIENNE, t BIS, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 45 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
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Pierre-Augustin Geroo, qui prit à viogt-cinq ans le aom de Beaumarchais, naquit le 24 janvier 1732, dans une bou« tique d'horloger située rue Saint-Denis, 'presque en féce jde la rue de la Ferronnerie, non loin de cette maison du pilier des Halles, où l'on a cru longtemps à tort que Mc^ière avait reçu le jour. Quand on sait qu'horloger lui-même^ Beaumarchais, à vingt-qualre ans, se trouvait encore, comme il le dit dans une de ses lettres, entre quatre vitrages^ qull a passé presque sans transition, de sa vie d'horloger à la vie de cour, à une sorte d'intimité avec des princes et des prineesses du sang royal, et que dans une position si nouvelle pour lui, il a fait assez bonne figure pour se créer des amis et beaucoup d'ennemis; quand on sait cela on éprouve le besoin de s'enquérir des influences de famille et d'éducation qui ont pu, jusqu'à un certain point, le préparer à ce rôle inattendu.
1 L'auteur de ceUe notice a publié sous le titre de : Beaumarchais et ion i tempif deux Tolumes composés sur des documents inédits fournis par la I fimille de Beaumarchais. Ces deux Tolumes ayant déjà été beaucoup copiés I ^ ceux qui, depuis leur publication, ont écrit sur le même sujet, l'auteur I pense qu'il a bien aussi le droit de se copier un peu lui-même. 11 s'attachert ' 4»tt k résumer les principaux faits contenus dans son ouTrage, en renvoyant
keetoayrage les lecteurs qui désireraieDt des oxplic«tioiif plui détaillée» et
des ippréciations plus motivées «
ti BEAUMARCHAIS.
Ce n'est pas sans étonnement, qu'en compulsant iet obscures archives de cette famille Caron, qui était celle d'un simple artisan, habile dans son état, mais cependant plutô pauvre que riche, j'y ai rencontré des habitudes, des ma« nières, une culture d'esprit bien supérieures à Qp qu'oi aurait pu attendre. Le progrès des classes moyennes, ai xvino siècle, ne m'a jamais semblé plus frappant que dan! ces documents intimes, où il apparaît sous le jour le plui lumineux. Je suis persuadé que si, aujourd'hui, on pénétrai dans l'intérieur d'une famille placée dans des condition! sociales exactement semblables, on trouverait que le niveai de culture intellectuelle et mondaine a plutôt baissé qu( grandi. Cette infériorité de culture de la petite bourgeoisii actuelle, très-compatible d'ailleurs avec un progrès généra au sein des masses, s'expliquerait surtout pour Paris, pai cette considération qu'au xviii* siècle, Texistence dun( aristocratie de cour très-rafOnée, qui se mêlait de plus ei plus aux classes bourgeoises, sans cependant se confondn encore avec elles, entretenait chez toutes une sorte d'émulation de bonne tenue et de beau langage qui de nos jours t complètement disparu. Cette idée, je la trouve contlrméi par Beaumarchais lui-même dans une lettre qu'il écrit à soi père de Madrid en 1765 : c Les bourgeoises de Madrid sont dit*-il, les plus sottes créatures de l'univers, bien différentei de chez nous, où le bon air et le bel esprit ont gagné tow les états. •
Dans sa propre famille, Beaumarchais trouvait une preuvi de ce goût universel au xvni<> siècle pour le bon air et 1< bel esprit. Un mot d'abord sur son père. André-Charlei Caron, né le 26 avril i698, dans l'ancienne province de Brie ë Lisy-sur-Ourcq, près de Meaux, était fils de Daniel Caron horloger, et de Marie Fortain, tous deux protestants calvinistes. Sa famille était pauvre et nombreuse à en juger pai les documents qui constatent son état civil A.
Très-jeune encore, André-Charles Caron s'engagea dam le régiment de dragons de Rochepierre, sous le nom d<
i On sait qu'après la révocation de Tédit de Nantes, toute existence légal* était refusée aux protestants -, c'est sur un petit cahier grossier, recouvert ei parcheoiiu, et qui ressemble k un livre de cuisine, que j'ai trouvé la nomcD claturo des enfants nés de Daniel Caron et de Marie Fortain. Ce cahier s'ouvr par cette pieuse formule : « Nostre ayde et commencement soit au nom d bien qui a fait toutes choses. Amen. 1695. » Suit la liste de qiiatorse cnfaulf doot Andr^Charles Caron est le quatriJMne,
BEAUMARCHAIS. m
Caron d'Ailly ; après un temps de service qui dut être assez court, il obtint, pour je ne sais quelle cause, un congé détl^ nitif le 5 février 1721. Il vint s'établir à Paris pour y étudier Fart de Thorlogerie, et, un mois après son arrivée, il abjura le calvinisme, ainsi qu'il résulte d'un certificat du cardinal de Noailles, qui est précédé d'une déclaration ainsi conçue :
€ Le 7 mars 1721,i at prononcé mon abjuration de Vhérésie de Calvin à Paris, dans Véglise des Nouvelles Catholiques.
• Signé : André-Charles Caron. »
Beaumarchais est donc né catholique, d'un père protestant rentré dans le sein du catholicisme; mais le souvenir de la religion de ses ancêtres a peut-être sa part d'influence dans ses instincts d'opposition; il aide à expliquer du moins le zèle qu'on le voit déployer dans toutes les questions qui intéressent les protestants.
Un an après son abjuration, André-Charles Caron adressa une requête au roi en conseil d'État, à l'efTet d'être reçu maître horloger, bien qu'il n'eût pas le temps voulu d'apprentissage chez un maître. Dans cette requête, le suppliant fait valoir son abjuration à l'appui de sa demande, ce qui semble indiquer qu'à cette époque la qualité de catholique était exigée, même pour la profession d'horloger. On ea pourrait induire quelques doutes sur le désintéressement de l'abjuration du père de Beaumarchais; mais ces doutes s'évanouissent à la lecture de ses lettres intimes, où il se montre à nous, pratiquant avec zèle tous les devoirs de sa foi nouvelle, animé d'une ferveur sincère, employant parfois certaines formes austères de langage qu'il tenait peut-être de sa première croyance.
Quatre mois après avoir été reçu maître horloger, le 13 juillet 1722, André-Charles Caron épousa Marie-Louise Pichon, dont le père, sur l'acte de mariage, est qualifié bourgeois de Paris. C'était une excellente personne, mais d'un esprit assez ordinaire, à en juger par quelques-uns de nos documents. Quant à Charles Caron, sa correspondance le montre sous l'aspect d'un homme très-supérieur à son * état : à la vérité, Thorlogerie est le premier des arts mécaniques par ses rapports avec les sciences exactes; mais l'horloger Caron s'était donné une instruction scientifique au-dessus de l'instructioa ordinaire d'un horloger. Ainsi, en
tv BBAUMAttCHAIS.
i746, il était assez connu par son savoir en mécanique poixt être consulté» ppr le gouverneur de Madrid, sur l'emploi de diverses machines, destinées au dragage des ports et des rivières; il s'explique sur ce point avec la netteté et l'autorité d'un homme très-compétent. Malgré ses talents, peut* être même à cause de ses talents, le père de, Beaumarchais ne put jamais arriver à la fortune; il éprouva des pertes dans son commerce d'horlogerie et de bijouterie, et, en fin de compte, dans les dernières années [de sa vie, il n'avait pour subsister qu'une pension viagère que lui faisait son fils.
L'instruction littéraire du père de Beaumarchais n'est pas moins remarquable relativement h son état, que son instniction scientifique, surtout si l'on considère que, sorti d'un petit bourg pour être dragon, puis horloger, il doit tout ce qu'il sait à lui-même. Son style est en général de bonne qualité, parfois élégant. J'ai publié de lui plusieurs lettres à son fils, les unes remarquables par un ton de dignité, de sensibilité, et cette teinte de piété fervente dont je parlais tout à l'heure, qui est assez curieuse pour le temps et qui fut toujours étrangère à Beaumarchais; les autres indiquant chez lui le goût des lettres, des arts, de la société, annonçant de la finesse, de la jovialité, et même une pointe de gaillardise ingénue qui s'est transmise du père au fils, avec plus de vivacité et beaucoup moins d'ingénuité. Le père Garon est fortau courant des productions etdes nouvelles littéraires; il lit beaucoupel cite à propos : touslesmembresde sa famille, à commencer par lui-même, écrivent volontiers de petits vers bons ou mauvais, plus souvent mauvais que bons, mais c'est déjà quelque chose qu'une boutique de la rue Saint-Denis où tout le monde fait des vers. On y fait aussi beaucoup de musique, quelquefois même par respect pour le repos des voisins (sollicitude bien rare aujourd'hui), nous voyons le père Garon obligé de réprimer cette mélomanie générale dans sa famille. Son fils, dès sa première jeunesse, montre du talent sur tous les instruments, ses filles sont également bonnes musiciennes et elles jouent agréablement la comédie. Il en eut cinq, dont trois naquirent avant Beaumarchais i.
1 Des cinq sœurs de Beaumarchais, la plus distinguée est la quatrième, llarie-Julie Garon, dont j*ai également publié un certain nombre de lettres qui prottYent qu'elle avait presque autant d*esprit que son frère, et le mm» fenr« ^9^tiX. mBi^va»%w luidetrtii «lia, «ttenioiirftt un an tTant
BEAUMARCHAIS. r
Seul garçon dans une famille qui comptait cinq filles, lé jeune Caron fut naturellement l'enfant gâté de la maison. Son enfance n'eut rien de cette tristesse rêveuse que présente quelquefois le caractère des hommes, doués du génie I comique, le caractère de Molière, par exemple. Elle fut gaie, . folâtre, espiègle. Elle fut la parfaite image de son talent et H de son esprit. Sa sœur Julie a consacré plus d'une page à j raconter ses fredaines d'enfant, et lui-même dans sa vieil- ^ lesse avouait que son père, qui élevait sa famille très-chré- ' tiennement, parvenait difficilement à rendre son jeune flls ' assidu è la messe, même en lui imposant des retenues sur ^ l'argent destiné à ses menus plaisirs. Quoiqu'il le destinât • à lui succéder dans sa profession d*horloger, le père de ' Beaumarchais voulut cependant lui donner une certaine instruction classique, et il le plaça pendant quelques années dans une maison d'éducation ë Alfort. Les études du jeune Caron furent néanmoins un peu brusquées; plus tard, il est vrai, devenu homme de cour, et homme de lettres, Beaumarchais employa de son mieux les rares loisirs que lui laissaient les nombreuses affaires dont sa vie fut constamment encombrée, à suppléer aux lacunes de ses premières études. Mais il est facile de reconnaître que ce fond primitif d'instruction classique resta toujours un peu, faible chez lui. Son père le retira du collège à treize ans pour lui faire apprendre l'horlogerie sous sa direction. J'ai cité une lettre de lui mélangée de prose et de vers, écrite à cet âge de treize ans qui est précisément l'âge qu'il a donné à Chérubin, qui prouve que pour créer cette figure de page.
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lui, on <798. Elle ne le maria point; sa vie tout entière fut consacrée aux * intérêts de ce frère qu'elle aimait tendrement et dont elle était tendrement aimée. Quand le jeune Caron prit le nom qu'il devait rendre si fameux, il le donna k la plus aimable de ses sœurs. C'est donc sous le nom de mademoiselle de Beaumarchais que Julie, au temps de la célébrité de son frère, se I fit connaître dans te monde oU elle brillait, non point par sa beauté, car, sabs être laide, elle n'était pas très-jolie, mais par les agréments de sa conversation et de son caractère. En avançant en âge, Julie se distingua de son frère en ce sens que, sans rien perdre de la gaieté de son humeur^ elle prit des habitudes d'esprit plus sérieuses et se tourna de plus en plus vers les idées de morale et de religion. En 4784, l'année môme de la première représentation du Mariage de Figaro^ la sœur de Beaumarchais, par un contraste asset piquant, composa et publia, sous Tanonymo, un volume petit in-i2 intitulé : ^Existence réfléchie ou Cowp d'œU moral sur le prix de la vie. C'est un recueil de réflexions morales empruntées à Young, à plusieurs autres auteurs, et entremêlé de pensées appartenant à Julie elle-même, qui composa également «n recueil de prières et une paraphrase du Miserere,
THÉÂTRE
DE
Hugo Thieme.
FORT WAYNC, NOMLL INCk
A UrBIMERIE DK L^fqiNAN ET C, A SAINT-CEIIVAIN.
THÉÂTRE
DE
PRÉCÉDÉ d'une notice