‹ Théâtre de BeaumarchaisChapitre 84 sur 262 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

SUZANNE, LE COMTE. CHÉRUBIN caché.

SUZANNE aperçoit le comte.

Ah !... (Eile s'approche du faateuU pour masquer Chcruhia .) LE COMTE, s'avance.

Tu es émue, Suzon! tu parlais seule, et ton petit cœur paraît dans une agitation... bien pardonnable, au reste, un jour comme celui-ci.

SUZANNE, troublée.

Monseigneur, que me voulez-vous? Si l'on vous trouvait avec moi...

LE COMTE

J3 serais désolé qu'on m'y surprît; mais tu sais tout l'intérêt que je prends à toi. Bazile ne t'a pas laissé ignorer mon amour. Je n'ai qu'un instant pour t'expliquer mes

vues ; écoute, (n s'assied dans le fauteuil.) SUZANNE, virement.

Je n'écoute rien.

LE COMTE lui prend la main.

Un seul mot. Tu sais que le roi m'a nommé son ambassadeur à Londres. J'emmène avec moi Figaro; je lui donne un excellent poste ; et comme le devoir d une femme est do suivre son mari...

SUZANNE

Ah^ si j'osais parler !

LE COMTE U rapprocha de loi.

Parle, parle^ ma chère; use aujourd'hui d'un droit (|

prends sur moi pour la vie.

SUZANNE, effrayée.

Je n'en veux point, monseigneur, je n'en veux \ Quittez-moi, je vous prie.

LE COMTE

Mais dis auparavant.

SUZANNE, en colire.

Je ne sais plus ce que je disais.

LE COMTE

Sur le devoir des femmes.

Eh bien, lorsque monseigneur enleva la sienne de le docteur, et qu'il l'épousa par amour; lorsqu'il aboUl elle un certain afTreux droit du seigneur....

LE COMTE, gaiement.

Qui faisait bien de la peine aux filles! Ah Suzettel ci charmant! si tu venais en jaser sur la brune au jard mettrais un tel prix à cette légère faveur...

BAZILE parle en dehors*

Il n'est pas chez lui, monseigneur.

LE COMTE se lève.

Quelle est celte voix?

SUZANNE

Que je suis malheureuse!

LE COMTE

Sors, pour qu'on n'entre pas.

SUZANNE, troublée.

Que je vous laisse ici ?

BAZILE crie en dehors.

Monseigneur était chez madame, il en est sorti : j* voir.

LE COMTE

Et pas un lieu pour se cacher! Ah ! derrière ce faut

assez mal : mais renvoie-le bien vite.

SUZANNE, lui barre le chcmla ; il la pousse doncement, elle recal met ainsi enlro lui et le petit page ; mais pendant qne le comte s' et prend sa place, Chérubin tourne et se jette efllrayé sv le ftu genoux, et s'y blottit. Suzanne prend la robe qu'elle apporti couvre le page et se met devant le fauteuil.

4 AGTE PREMIER. 141

b: scène IX

M COMTE ET CHÉRUBIN cachés, SUZANNE, BAZILE.

I ' BAZILE

N'auriez-vous pas VU monseigneur, mademoiselle?

SUZANNE, brasqaement.

Hé pourquoi l'aurais-je vu? Laissez-moi.

BAZILE s'approche.

Si vous étiez plus raisonnable, ilnW aurait rien d'étonnant à ma question. C'est Figaro qui le cherche.

SUZANNE

Il cherche donc Thomme qui lui veut le plus de mal après «ous ?

ÎN LE COMTE, à part.

Voyons un peu comme il me sert.

BAZILE

. Désirer du bien à une femme, est-ce vouloir du mal à son inari ?

SUZANNE

Non, dans vos affreux principes, agent de corruption.

BAZILE

Que vous demande-t-on ici que vous n'alliez prodiguer à un autre? Grâce à la douce cérémonie, ce qu'on vous défendait hier, on vous le prescrira demain.

Indigne !

BAZILK.

De toutes les choses sérieuses le mariage étant la plus bouffonne, j'avais pensé...

SUZANNE, outrée.

Des horreurs; qui vous permet d'entrer ici ?

BAZILE

La, la, mauvaise! Dieu vous apaise! il n'en sera que ce que vous voulez : mais ne croyez pas non plus que je regarde M. Figaro comme l'obstacle qui nuit à monseigneur; et sans le petit page...

SUZANNE, limidemeat.

Don Chérubin?

BAZILE la contrefait.

Cherubùio di amore, qui tourne autour de vous sans cesse, et qui ce matin encore rôdait ici pour y entrer, quand je vous ai quittée. Dites que cela n'est pas vrai ?

SUZANNE

Quelle imposture I Allez- vou»-en, méchant hominel ïi

BÂZILE, ^'j

On est un méchant homme, parce qu'on y voit clair. ïïm ce pas pour vous aussi cette romance dont 11 fait myslènt

SUZANNE, en colère. Ah! oui, pour moi!

BAZILE

A moins qu'il ne l'ait composée pour madame! En et quand il sert à table on dit qu il la regarde avec des ymL, Mais, peste, qu'il ne s'y joue pas! monseigneur est ftmtali

l'article.

SUZANNE, oatnîe.

Et VOUS bien scélérat, d*aller semant de pareils bniito pu perdre un malheureux enfant tombé dans la disgrâce dea maître.

BAZILE

L'ai-je inventé ? Je le dis, parce que tout le monde c parle.

LE COMTE se lève.

Comment tout le monde en parle !

SUZANNE *

Ah ciel!

BAZILE

Ha, ha!

4 LE COMTE

Courez, Bazile, et qu'on le chasse.

BAZILE

Ah, que je suis fâché d'être entré !

SUZANNE, troublée.

Mon Dieu I mon Dieu !

LE COMTE, h Bazllc.

Elle est saisie. Asseyons-la dans ce fauteuil.

SUZANNE le repousse vivement.

Je ne veux pas m'asseoir. Entrer ainsi librement, c'est digne I

LE COMTE

Nous sommes deux avec toi^ ma chère. Il n'y a plus moindre danger I

'*' Chériiliin dans le fauteuil, le Comte, Suianiio, Basile.

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