‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 101 sur 230 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

Je veux fuir les vivans ; je suis avec les morts. Ce sont des jours affreux ; j'ai des nuits plus terribles : L'ombre pour m'abuser prend des formes visibles; Le silence me parle, et mon Sauveur me dit, Quand je viens le prier: Que me veux-tu, maudit? Un démon, si je dors , s'assied sur ma poitrine. Je l'écarté; un fer nu s'y plonge et m'assassine. Je me lève éperdu ; des flots de sang humain Viennent battre ma couche, elle y nage, et ma main, Que penche sur leur gouffre une main qui la glace , Sent des lambeaux hideux monter à leur surface...

FRANÇOIS DE PAC LE

Malheureux, que dis-tu?

LOCIS

Vous frémissez : eh bien !

Mes veilles, les voilà! ce sommeil, c'est le mien; C'est ma vie; et mourant, j'en ai soif , je veux vivre; Et ce calice amer, dont le poison m'enivre, De toutes mes douleurs cet horrible aliment, La peur de l'épuiser est mon plus grand tourment !

FRANÇOIS DE PACLE.

Viens donc , en essayant du pardon des injures,

Viens de ton agonie apaiser les tortures.

Un acte de bonté te rendra le sommeil ,

Et quelques voix du moins béniront ton réveil.

IN 'hésite pas. c

LOUIS

Plus tard !

FRANÇOIS DE PAULE-

Dieu voudra-t-il attendre ?

LOUIS

Demain !

FRANÇOIS DE PAULE

Mais dès demain la mort peut te surprendre, Ce soir, dans un instant.

LOUIS

Je suis bien enfermé , liien défendu.

FRANÇOIS DE PAULE

L'est-on quand on n'est pas aimé?

(en l'entraînant. )

Ah ! viens.

LOUIS, qui le repousse.

Non , laissez-moi du temps pour m'y résoudre.

FRANÇOIS DE PAULE

Adieu donc, meurtrier, je ne saurais t'absoudre.

LOUIS, avec terreur.

Quoi ! me condamnez- vous?

FRANÇOIS DE PAULE

Dieu peut tout pardonner :

Lorsqu'il hésite cneor, dois-jt^ te condamner? Mais profite,^ mon fils, du répit qu'il t'accorde :

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