ACTE I, SCÈNE III. 20J
ELISABETH
Mais c'est affreux , milord !
GLOCESTER
Sans doute, c'est affreux; Et de tous ces complots l'artisan ténébreux , Quel est-il ? Lord Hastings.
ELISABETH
J'en frémis : à l'entendre, 11 avait pour mes fils un dévoûment si tendre ! A qui donc se fier ?
A moi, qui l'ai puni.
Gardez-vous cependant de croire tout fini ; Leur parti n'est pas mort avec ce chef habile. Il fallait à Rivers assurer un asile ; 11 fallait plus encor, que le bruit des verrous Par un acte apparent satisfit leur courroux. Voilà le double but où je voulais atteindre ; Et, le complot détruit, tout calmé, pourquoi feindre? Rendant pleine justice à Rivers méconnu, Je l'embrasse, et lui dis : Soyez le bien-venu. De tout ce que j'ai fait tel est l'aveu sincère : Et bien ! ai-je à ma sœur répondu comme un frère?
ELISABETH
Sous cet amas d'horreurs mon cœur reste abattu ; Peut-on se faire un jeu denoircir la vertu !
GLOCESTER
Eh! que diriez-vous donc , si dans leur folle haine Ils osaient insulter jusqu'à leur souveraine?
ELISABETH
Moi ?
GLOCESTER
Vous : de votre hymen la légitimité Par de sourdes rumeurs est un point contesté ; Et , comme leur fureur ne peut être assouvie Qu'en frappant mes neveux dans leurs droits ou leur vie, Ils vont plus loin.
ELISABETH
Comment?
Et cette indignité Réussit en raison de son absurdité!
Plus une calomnie est difficile à croire, Plus pour la retenir les sots ont de mémoire.
ELISABETH
De grâce, expliquez-vous.
GLOCESTER
Je comprends ces discours , Quand une Jeanne Shore est du mépris des cours Retombée à sa place , et meurt en criminelle, Dans la fange , où déjà son nom traîne avant elle; Fussent-ils ses enfaiis, issus du sang des rois,