ACTE 1, SCENE VI
GLOC ESTER
Alors j'aurais la main forcée.
BTTCKINCHAM.
Erreur !
GLOCESTER
Si le conseil abuse de ses droits, Que faire, Buckingham?
BUCRINGHAM.
Refuser.
GLOCESTER
Ah! tu crois ?
Oui, refuser, milord.
GLOCESTER
Parle plus bas.
BUCKINGHAM
De grâce !
Quand vous accepteriez, comment vous faire place ? Sur les fils d'Edouard un faux bruit débité Ne saurait prévaloir contre la vérité.
Il faudra donc s'armer d'un bien triste courage, Et frapper des deux mains pour s'ouvrir un passage. J'accepte ! ce seul mot renferme leur trépas ; Et ce mot plein de sang, vous ne le direz pas.
GLOCESTER
Tu fus moins scrupuleux dans plus d'une entreprise.
BUCKINGHAM
J'en conviens; que m'importe à moi qui les méprise, Si tous ces noms chétifs, si ces races d'un jour, Qu'un rayon du pouvoir fait éclore à la cour, Rentrent dans le néant, quand le soleil se couche, Sous le bras qui les fauche ou le pied qui les touche? Se baisse qui voudra pour en prendre souci ; Mais quant au sang royal, il n'en est pas ainsi : Ses droits sont les garans des droits de la noblesse; Les deux princes, c'est nous : qui les touche nous blesse. Le peuple, sans raison, deviendra leur soutien. Je sais que tout ceci ne le regarde en rien : Pour avoir un avis il n'est baron ni comte; Mais c'est un spectateur dont il faut tenir compte. Acteur, il est terrible; et que d'orgueils jaloux Irriteront sa rage en le lâchant sur vous! Il vous faudra braver, appuyé d'un vain titre , Et l'église et l'armée, et le casque et la mitre; Et pour vous harceler , sans être jamais las , On peut s'en rapporter à l'esprit des prélats. Vos plus proches cousins, si vous n'y prenez garde, Pourront à l'échafaud vous servir d'avant-garde : Quand les glaives bénis sont sortis du fourreau, De droit, tous les vaincus reviennent au bourreau. Étouffez les conseils du démon qui vous pousse; Edouard sera faible; eh bien! roi sans secousse ,