ACTE II, SCENE V
EDOUARD, le relevant.
Mon oncle, dans mes bras! Que leur foule attendrie
Doit mêler de regrets à son idolâtrie!
Ah ! ce n'est pas à moi de connaître l'orgueil :
Je n'ai rien fait pour eux» Digne objet de leur deuil,
Que mon père au tombeau soit fier de son ouvrage :
C'est lui qui m'a laissé leurs cœurs en héritage.
Mais un autre oncle encor devait m'ouvrir ses bras.
GLOCESTER
Lord Rivers ?
EDOUARD
Je le cherche, et je ne le vois pas.
Depuis que par vos soins tant d'éclat m'environne, Qu'une garde d'honneur entoure ma personne, Sans m'en donner avis, il a quitté la cour, Et près de vous, dit-on, m'a devancé d'un jour.
GLOCESTER
J'ai moi-même à la reine expliqué son absence.
EDOUARD
Ma mère!... ah! pardonnez à mon impatience, Et Richard! Où sont-ils?
GLOCESTER
Que mon noble neveu D'un tort dont je gémis reçoive ici l'aveu : Un parti s'agitait; j'en informe la reine; Elle en prend quelque ombrage, et je la quitte à peine-,
Qu'aux murs de l'abbaye elle va s'enfermer.
C'est ma faute : pour vous trop prompt à m'alarmer,
Je n'ai pas ménagé sa terreur maternelle,
Et je suis, par tendresse, aussi coupable qu'elle.
Excusez-nous tous deux.
Ab ! courons la chercher.
GLOCESTER
C'est donner de l'éclat à ce qu'il faut cacher. De votre main royale un avis doit suffire. Un mot qui la rassure, un seul!
EDOUARD, courant s'asseoir près de la table.
Je vais l'écrire.
GLOCESTER, s'approchant des prélats.
Mes vénérables lords, à vos soins j'ai recours :
Appuyez cet écrit de vos pieux discours;
L'éloquence du cœur coule de votre bouche.
Je me joindrais à vous; mais sur ce qui vous touche ,
Dût mon respect profond paraître timoré,
Le seuil de Westminster pour mes pas est sacré.
EDOUARD, taudis que Glocester continue de s'entretenir avec les évèques.
Ah! bonjour, Buckingham!
BUCKINGHAM
La santé de sa grâce
A souffert du voyage.