‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 183 sur 230 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

Entre les passe-temps qui charment son loisir.

Je les verrai peut-être avec un œil d'envie;

Mais d'autres soins, milord, doivent remplir ma vie.

GLOCESTER

Et quels soins ?

EDOUARD

Je suis roi.

GLOCESTER

Mon Dieu ! vous le serez ; Mais ne vous troublez point d'ennuis prématurés. N'accablez point vos jours d'un poids qu'on vous allège; Vous n'aurez que trop tôt ce triste privilège.

EDOUARD

Dussé-je avant le temps rejoindre mes aïeux , Lord Rivers me l'a dit , il faut voir par mes yeux. Si mon père abusé, si ce roi qu'on révère, N'eût pas fermé les siens dans un jour de colère, Clarence , qu'il aimait et qu'il a tant pleuré!...

GLOCESTER

Clarence !

EDOUARD

Dans la Tour n'aurait pas expire.

GLOCESTER, à part.

Il a trop de mémoire.

EDOUARD

Ah ! quelle différence ! Où j'arrive avec joie il vint sans espérance. C'est ici, dans ces murs.... leur aspect m'a fait mal : Ils ont vu si souvent couler le sang royal !

GLOCESTER

Mais l'arrêt cette fois punissait un coupable.

EDOUARD

L'arrêt qui tue un frère est toujours révocable.

GLOCESTER, à part.

Me soupçonnerait-il?

EDOUARD

Un frère !... ah ! ce doux nom, Sur les lèvres des rois fait venir le pardon; Edouard l'accorda.

GLOCESTER

Trop tard.

EDOUARD

Non , mais un crime Jusque sous son pardon vint frapper la victime.

GLOCESTER

Chassez de votre esprit ce triste souvenir.

EDOUARD

Ah! quand je le voudrais, pourra is-je l'en bannir? J'entends sortir du cœur de mon malheureux père ( le cri :<(Mon frère est mort! j'ai fait mourir mon frère!»

Page 1