‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 184 sur 230 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

Je jouais, j'étais là, riant sur ses genoux, Quand d'horreur, à ce cri , vous avez pâli tous. Puis avec quels sanglots il reprit à voix basse : « Eh quoi ! pas un de vous n'a demandé sa grâce ! « Qui l'a fait? qui de vous, à mes pieds se jetant, « M'a rappelé ces jours où nous nous aimions tant? « Nos durs travaux, ces nuits où, brisés par la guerre, a Dans le même manteau nous couchions sur la terre, « Où l'écartant de lui pour en couvrir son roi, « Sous la froide rosée il tremblait près de moi ? « Et je l'ai condamné sans qu'une bouche amie « S'ouvrît pour me crier : Il vous sauva la vie ! « Pauvre infortuné frère!... Ah! que jamais ton sang « Ne retombe sur lui , dit-il en m'embrassant , « Sur mes fils !... » Et sa voix s'éteignit dans les larmes. Mais la bonté du ciel a trompé ses alarmes : Aimés, bénis de tous, ses deux fils sont heureux; Il peut dormir en paix , car vous veillez sur eux.

GLOCESTER

(à part.) (à Edouard.)

Je respire ! Ecartez ces images funèbres.

EDOUARD

Oui, quand j'aurai puni.

GLOCESTER

Qui donc?

EDOUARD

Dans les ténèbres L'assassin de Clarence en vain croit se cacher.

GLOCESTER

Eh! que prétendez-vous?

Mon bras Tira cherches1.

GLOCESTER

Craignez, en l'essayant, d'éveiller bien des haines.

EDOUARD

La justice des rois n'a point ces craintes vaines.

GLOCESTER

Un enfant fera-t-il , à son avènement,

Ce qu'Edouard lui-même évita prudemment?

EDOUARD, .se levant.

Le jour où, jeune encore, on revêt la puissance,

On grandit sous son poids ; pour secouer l'enfance,

Sur les degrés du trône il suffit d'un instant ,

Et l'enfant couronné devient homme en montant.

Je suis plein d'avenir : Dieu dans ce corps débile

Avec un cœur de feu mit une âme virile.

Vous serez fier de moi, j'en ai le ferme espoir.

Mais punir l'assassin est mon premier devoir.

Je vous le jure ici par les pleurs de mon père,

Plus il sera puissant, plus je serai sévère.

Rien ne peut, moi régnant , le soustraire au trépas;

Page 1