ACTE III, SCÈTNE IV
GLOC ESTER
Sous mes yeux.
TYRREL.
Quand , milord ?
GLOCESTER
Ce soir.
TYRREL.
Où donc ?
GLOCESTER , indiquant le lit dn doigt.
TYRREL , avec horreur.
Quoi ! le régent voudrait...
GLOCESTER
C'est le roi d'Angleterre Qui te parle et qui veut.
TYRREL.
Le roi !
GLOCESTER
Pourquoi le taire?
Nos prélats et nos lords m'ont proclamé.
TYRREL.
Vous!
GLOCESTER
Moi,
TYRREL.
Mais le peuple...
GLOCESTER
Le peuple a dit : Vive le roi !
Que voulais-tu qu'il dît?... Qu'importe la personne ? Vive le roi, pour lui c'est. Vive la couronne. Le sacre dès demain la mettra sur mon front. Buckingham et les siens contre moi s'armeront ; Ils veulent m'arraeher mes captifs par la force , Et, pour jeter au peuple une trompeuse amorce, Répandent qu'Edouard m'apparaîtra demain , Libre dans Westminster et le sceptre à la main. Comme il suffit, Tyrrel , d'un roi dans un royaume , Je veux, s'il m'apparaît, qu'il ne soit qu'un fantôme.
Ah ! celui-là, milord, troublera mon sommeil. Si vous les aviez vus, hier, à leur réveil, Les yeux encor fermés , le plus jeune des frères Tenant encore entre eux ce livre de prières ! Leurs bras nus se cherchaient l'un vers l'autre étendus : Sur ce lit leurs cheveux retombaient confondus ; Leurs bouches qui s'ouvraient comme pour se sourire, Semblaient avoir en songe un mot tendre à se dire. Si vous les aviez vus, vous-même épouvanté Devant tant d'abandon, de grâce et de beauté, Vous auriez dit, milord : il faut trop de courage Pour détruire du ciel le plus charmant ouvrage !