‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 209 sur 230 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

GLOCESTER

Pourtant tu m'appartiens.

TYRREL.

Oui, je me suis donne; Oui , vendu pour de l'or, vendu comme un damné; Je l'ai reçu cet or, et, s'il fallait le rendre, Il est déjà trop loin pour savoir où le prendre. Désignez donc un homme, et son sang vous est dû ; Un homme, et j'obéis , car je me suis vendu : Mais deux enfans si beaux, deux faibles créatures, M'appelant, murmurant mon nom dans leurs tortures , Les étouffer !

GLOCESTER

( le contenant. )

Tyrrel!

TYRREL.

Pourquoi ? Sous les verrous Qu'ils viventpourmoi seul, et qu'ils soient mortspour tous. Mort comme eux , je veux bien garder leur sépulture; Je m'y plonge. Ou plutôt qu'Edouard sous la bure , Par les ciseaux d'un moine à l'autel couronné, Ait pour royaume un cloître où je l'aurai traîné. Je l'y traîne , et le laisse au fond de sa retraite ; Car je suis, j'en conviens , mauvais anachorète. Mais l'autre, je l'emmène en France, à l'étranger, Loin, si loin, que sa vie est pour vous sans danger;

Je lui donne les mœurs, les goûts que j'ai moi-même, Mes vices, s'il le faut... Que voulez-vous ? je l'aime. J'aime en lui le seul Lien qui m'ait coûté des pleurs: Mon Tomy , mon trésor de joie et de douleurs, L'astre qui rayonnait sur mes nuits enivrantes, L'enfant qui m'a baisé de ses lèvres mourantes. Traitez-moi de rêveur, de fou, si vous voulez; Mais quand je vois ses yeux, ses longs cheveux bouclés, Je me sens tressaillir jusqu'au fond des entrailles; Lorsque leurs cris aigus frapperaient ces murailles, C'est de mon fils, milord, que j'entendrais les cris : Je ne peux pas pour vous assassiner mon fils.

GLOCESTER

( à pai t. ) (à Tyrrel. )

Je l'avais dit, pas un! — Allons, calme ta tête. A ton projet, Tyrrel, il se peut qu'on s'arrête : C'est accorder leur vie avec ma sûreté. Nous y réfléchirons; mais reprends ta gaîté. Quelques joyeux amis, que le plaisir amène , Viennent fêter ici ma royauté prochaine.

TYRREL.

Cette nuit?

GLOCESTER

A demain les travaux importans !

Pour cette nuit encor revenons à vingt ans ; Sois l'homme d'autrefois. Je veux que cette orgie

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