ACTE III, SCENE X
LOUIS qui tient à la main le papier que Nemours lui a remis.
Ici , la haine expire :
Un roi devient clément , mon père , à vos genoux , Et sous la croix du Dieu qui s'immola pour nous , Quel pardon peut coûter après son sacrifice! Le comte de Réthel nfa demande justice : Bien que de son message il se soit acquitté Moins en sujet soumis qu'en vassal révolté, Je préfère mon peuple au soin de ma vengeance. J'approuve, j'ai signé ce traité d'alliance, Et je vous le remets pour qu'il soit plus sacré Au sortir de vos mains où nous l'aurons juré.
FRATYCOIS DE PAULE , sur les degrés de la chapelle, entre deux prêtres, dont l'un tient une châsse d'argent, l'autre une croix.
O mon fils , je suis simple et j'ai peu de lumières : Je vis loin des palais ; mais souvent les chaumières M'apprennent par leur deuil que le plus beau succès Rapporte moins aux rois qu'il ne coûte aux sujets. Dieu l'inspire celui qui, dépouillé de haine, Rapproche les enfans de la famille humaine; Ne veut voir qu'un lien dans son pouvoir sur eux, Et dans l'humanité qu'un peuple à rendre heureux. Rois, c'est votre devoir ; et prêtres , nous le sommes Non pas pour diviser, mais pour unir les hommes. Par le double serment que mes mains vont bénir, De la bouche et du cœur venez donc vous unir;
Des pactes d'ici-bas les arbitres suprêmes En trahissant leur foi se trahissent eux-mêmes , Et dans le livre ouvert au jour du jugement Ils liront leur parjure écrit sous leur serment.
NEMOURS
Le ciel qui voit mon cœur comprendra mon langage : Je parle au nom d'un autre , et c'est lui qui s'engage , Se tient pour satisfait dans son honneur blessé , Et devant l'Eternel jure oubli du passé.
LOTJIS.
Le comte de Réthel pouvait, sans se commettre, Prononcer le serment qu'il se borne à transmettre; Je le reçois pourtant, et j'engage ma foi A Charles de Bourgogne, ici présent pour moi. C'est de lui que j'entends oublier toute injure, Et devant l'Eternel c'est à lui que je jure.