‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 78 sur 230 · ACTE III, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IX

MARIE

Pou riant, si ce vieillard , par nos dons assisté,

Avait en nous parlant prédit la vérité!

Si vous deviez un jour, dans votre ancien domaine,

Voir vos nombreux vassaux bénir leur châtelaine,

Baiser son voile blanc, se partager entre eux

Le bouquet nuptial tombé de ses cheveux!

Si tous deux à genoux, là, dans cette chapelle,

Nous devions être unis par la Vierge immortelle !

O mon unique amie , ô vous que je revois , Que peut-être j'entends pour la dernière fois, Nous unis!... Sous ces nefs puisse ma fiancée Ne pas suivre en pleurant ma dépouille glacée! Une voix, dont mon cœur reconnaît les accens, M'annonce mon destin : c'est la mort, je le sens. Oui, je mourrai : je dois reposer avant l'âge Dans le funèbre enclos voisin de ce village.

MARIE

Que dites- vous?

NEMOURS

Heureux si, debout sur le seuil, Un prêtre n'y vient pas arrêter mon cercueil ; Et, comme à l'assassin banni de cette enceinte, Ne m'y refuse pas et la terre et l'eau sainte !

MARIE

A vous, Nemours, à vous! jamais ce ciel natal, Jamais ce doux pays ne vous sera fatal. Apprenez que vos droits, vos biens... Vierge divine, Pardonnez, je me tais. Moi causer sa ruine, Moi qui mourrais pour lui !

NEMOURS

Marie, expliquez-vous; Parlez.

MARIE

Je ne le puis: non, non, séparons-nous. Par pitié pour vous-même, il faut que je vous quitte. Ami, laissez-moi fuir : le trouble qui m'agite Peut m'arracher un mot à ma bouche interdit; Espérez, espérez!... On vient.

(se re tournant vers la chapelle.)

Je n'ai rien dit.

Page 1