ACTE IV, SCENE I
NEMOURS
Qui , moi ?
Vous le rendrez élément :
S'il condamne sans peine, il pardonne aisément.
NEMOURS
Lui!
COITIER.
La douleur dit vrai : je dois donc le connaître. Peu d'hommes sont médians pour le plaisir de l'être ; Pas un , hormis Tristan ; l'intérêt ici-bas , Et non l'instinct du mal , fait les grands scélérats. Instruit de votre sort , j'ai couru vous défendre. D'abord votre ennemi ne voulait pas m'en tendre ; Mais la douleur l'abat, et j'en ai profité, Car vous étiez perdu , s'il se fût bien porté. J'ai l'art d'apprivoiser son humeur irascible: Nemours, j'ai mis le doigt sur la fibre sensible : La Bourgogne est son rêve, il la veut en vieillard ; Désir de moribond n'admet point de retard. J'ai dit que vous pouviez hâter cette conquête.
NEMOURS
Vous , Coitier !
COITIER.
Médecin, je n'agis qu'à ma tête.
Le peuple croit en vous; cher à ses magistrats,
Vous avez leur estime et l'amour des soldats; Vos amis dans leurs mains tiennent les forteresses : Vous pouvez donc beaucoup par l'or ou les promesses, Soit pour gagner les cœurs aux Etats assemblés, Soit au pied d'un château pour en avoir les clés. Agissez ; c'est un mal , j'y répugne moi-même; Mais l'extrême péril veut un remède extrême. Vous vivez , en un mot , si vous obéissez ; Sinon , vous êtes mort; j'ai tout dit : choisissez.
NEMOURS
Moi , de mon protecteur dépouiller l'héritière î Pour qui ? pour le bourreau de ma famille entière!
COITIER.
Nemours, mon noble maître, accepte par pitié' Si c'est un tort, eh bien ! j'en prendrai la moitié, Comme autrefois ma part dans cette coupe amère Que je t'ai vu, mourant, refuser de ta mère. Ta bouche , après la mienne, osa s'en approcher; La vie était au fond , et tu vins l'y chercher. Nemours , je te sauvai : que je te sauve encore ! Ce sont tes droits, tes jours, ta grâce que j'implore, Moi , ton vieux serviteur, moi , qui venais jadis Me pencher sur ta couche en te nommant mon fils ! Oui , mon fils, oui, c'est moi qui demande ta grâce , I .a mienne , et je l'attends à tes pieds que j'embrasse.