ACTE IV, SCENE I
COITIER.
Avant une heure, Il nous y rejoindra.
NEMOURS
Comment, seul?
COITIER.
Que je meure, S'il n'amène avec lui, pour veiller sur ses jours, La meute d'Ecossais qu'en laisse il tient toujours ! Il pouvait cependant s'épargner les alarmes ; Tristan n'était pas homme à vous laisser des armes. Comme il suivait de l'œil vos moindres mouvemens , Quand ses doigts exercés touchaient vos vêtemens ! Comme il lisait du roi l'ordre et la signature ! Il est geôlier dans l'âme et hourreau par nature.
NEMOURS
L'infâme !
COITIER.
Quel courroux dans son regard altier, Lorsqu'il vit avec moi sortir son prisonnier! Sa figure a pâli , par la rage altérée. On eût dit un limier , les yeux sur la curée, Quand un piqueur du roi , le coutelas en main , Vient ravir sous ses dents un lambeau du festin.
NEMOURS
Me voir, moi , dans ce lieu !
C'est celui qu'il préfère.
Pour peu qu'un entretien exige du mystère. Votre prison d'ailleurs ne l'aurait pas tenté. Le frisson dévorant dont il est agité S'accommoderait mal de l'horreur qu'elle inspire Et des froides vapeurs qu'un malade y respire.
NEMOURS
Que me veut-il?
COITIF.R.
Avant de vous le déclarer, C'est moi qu'il a choisi pour vous y préparer.
NEMOURS
Mais qui m'a pu trahir? l'a-t-il dit?
COITIER.
Je l'ignore.
Commine est innocent : sa disgrâce l'honore. Le maître, à son retour , ne l'a pas ménagé ; Vrai Dieu , quelle fureur !
NEMOURS, vivement.
Sur lui s'est-il vengé ?
COITIER.
En paroles ; la paix sera facile à faire :
On est bientôt absous quand on est nécessaire.
Soyez-le donc.