‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 121 sur 166 · ACTE 111 , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE 111 , SCÈNE II

nORTENSE.

Non, monsieur, j'ai pour vous...

(à part.)

Je ne m'attendais pas à le revoir si doux.

DAWVILLE.

J'ai long-temps réfléchi depuis notre querelle. La colère, à votre âge, est assez naturelle; Mais, au mien, la raison doit parler sans fureur; La raison qui s'emporte a le sort de l'erreur. Ma justice à vos yeux tiendrait de la vengeance ; Je me punirai seul, et c'est par votre absence. Goûtez un plaisir pur, puisqu'il sera permis ; Allez au bal, allez, et soyons bons amis ; Voulez-vous ?

HORTENSE

Mais...

BANVILLE

Allez seule avec votre mère...

Elle a dû, comme vous, me trouver bien sévère-: Contre deux ennemis je n'avais pas beau jeu; Avez-vous dit de moi beaucoup de mal ?

HORTENSE

Un peu.

BANVILLE

Vous n'en pensoiez plus, et cela me console.

S'il a pu m'échapper un ordre , une parole , Un regard qui vous blesse, il faut tout oublier. J'ai mon excuse aussi : Bonnard est singulier, D'accord; mais, quand d'un ton qu'il ne méritait guère Sur des travers légers vous lui faisiez la guerre, C'était à l'instant même où, malgré son effroi , En me rendant service, il s'exposait pour moi.

HORTENSE

Comment ?

BANVILLE

C'est un secret.

HORTENSE

C'est un secret? ah! dites.

Dites , j'oublîrai tout.

BANVILLE

Ces brillans parasites Que ma table nourrit à vous conter des riens, Vivent à mes dépens, et lui, m'oblige aux siens. Mon fils dans ses calculs a manqué de sagesse ; J'aurais dû le prévoir ; mais , tout à ma tendresse , Laissant sa jeune tête agir à l'abandon. Pour vous j'ai compromis sa fortune et mon nom. Sans argent, grâce à vous, Hortense, que serait-ce Si Bonnard n'eût prêté... peut-être sur sa caisse 1 De tous les receveurs Bonnard le plus craintif.

Page 1