ACTE IV, SCENE III
Et cet heureux brevet, je le tiens, le voilà.
HORTENSE
Que Banville en rentrant va bénir tant de zèle !... Car Danville est au bal.
LE DUC
C'est lui , je me rappelle, C'est lui que j'ai cru voir; même, j'ai fait un pas... Mais vous m'aviez tant dit que nous ne l'aurions pas !
HORTENSE
En lisant ce papier, concevez-vous sa joie?
Et ma mère !... oh ! je veux que ma mère le voie;
Oui, je cours...
LE DUC, vivement.
Arrêtez : vous allez me priver D'un plaisir qu'à mon tour j'osais me réserver; Que la nouvelle au moins par vous lui soit transmise ; Quand je pourrai plus tard jouir de sa surprise.
HORTENSE
Ah! c'est tout naturel, vous défendez vos droits;
( Elle rend le brevet au duc , qui le pose sur la table. )
Mais quels remercîmens nous vous devons tous trois ! Que mon cœur est ému ! que je me plais d'avance A vous entretenir de leur reconnaissance !
LE DUC
La vôtre me suffit, la vôtre est tout pour moi.
N'ajoutez rien, madame, au prix que je lecoi : Il est déjà trop grand, et je n'en suis pas digne. De ce peu que j'ai fait mon zèle ardent s'ijidigne. Paye d'un mot de vous, puis-je désirer mieux ? Ou le plaisir que j'ai se peint mal dans mes yeux, Ou vous devez y lire à quel excès me touche Un mot reconnaissant qui sort de votre bouche.
HORTEFSE.
Si ces remercîmens ont tant de prix pour vous, Que ceux de mon mari vont vous paraître doux ! Combien son amitié...
LE DUC
Parlez-moi de la votre ; Près de ce bien si cher je n'en conçois pas d'autre ; Lui seul il satisfait aux besoins de mon cœur. Puissé-je l'obtenir cette amitié de sœur ! Moi , votre ami , madame ! ah ! fier d'un tel partage , Que je dfivrais alors m'estimer davantage ! Votre ami ! quelle gloire et quel charme à la fois D'en mériter le titre et d'en avoir les droits ! Respectable union, attachement sincère; Lien durable et pur ([ue l'estime resserr(î ! Ah! loin d'un monde vain oîi je ris sans plaisir, Où je flotte incertain de désir en désir. Que n'aurais-je à gagner dans ce commerce aimable!