‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 144 sur 166 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

Ardent, léger, frivole, et quelquefois... coupable. Je trouverais en vous un guide, un confident. Sage, mais sans rigueur, facile, mais prudent; Et vous n'auriez en moi qu'un disciple fidèle. Enchaîné pour la vie aux pieds de son modèle.

HORTF.JVSE.

C'est m'honorer beaucoup ; mais ce sublime emploi , Ce titre de mentor est bien grave pour moi ; Et ce serait, je pense, une folie extrême De donner des avis dont j'ai besoin moi-même.

LE DUC

Pourquoi donc? A mon tour, dans nos doux entretiens^ Il me serait permis de hasarder les miens. Je ne vous vante pas ma raison trop fragile ; Mais le conseil d'un fou parfois peut être utile.

HORTENSE

Banville , comme nous , n'est pas sage à demi ; Voilà mon vrai mentor, mon guide , mon ami : En est-il un meilleur?

* LE DtJC.

Comment ! je le révère ; Mais... dans son indulgence un vieillard est sévère. Ses conseils sont fort bons, d'accord; mais... absolus. On est moins tolérant pour des goûts qu'on n'a plus. Au même âge on s'entend, l'un l'autre on se pardonne;

Dans cet échange égal on reçoit ce qu'on donne. Votre époux de sa femme est l'orgueil et l'appui ; Mais que sa jeune épouse est encor plus pour lui ! Quel charme elle répand sur sa triste vieillesse ! Il l'adore, il l'admire, il peut la voir sans cesse; Il lui peint ses transports, il n'a pas le tourment De feindre une froideur que son trouble dément ; Il peut, sans l'offenser, lui dire : Je vous aime.

HORTENSE, naïvement.

Pourquoi m'en offenser? je le lui dis moi-même.

LE DUC

Vous!... Aussi j'admirais ce bonheur mutuel. Moi seul... étrange effet d'un souvenir cruel ! Pardonnez au désordre où la douleur me plonge ; Autrefois j'espérai... Cet espoir fut un songe : Hélas ! je me souviens, troublé par vos aveux, Qu'un bonheur aussi grand fut permis à mes vœux.

HORTENSE

A vous, monsieur le duc ?

LE DUC

Et l'on me porte envie !

Et le plaisir lui seul semble remplir ma vie ! Doux et triste voyage où je vins me livrer A l'attrait du poison qui devait m'enivier ! Ah ! qu'un premier amour a siu' nous de puissance !

Page 1