‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 163 sur 166 · ACTE V, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE V

Ce que le duc m'a dit me semblait impossible ,

Et prend d'un mot de vous une force invincible.

Mon trop facile cœur s'élance malgré moi

Au-devant de l'appât qu'on présente à sa foi ;

Et , fût-il abusé , se trahissant lui-même ,

Il ne se débat point contre une erreur qu'il aime.

Je ne puis démentir une si douce voix ,

Je me rends; vous parlez, Hortense, et je vous crois.

HORTENSE

Que cette confiance et me touche et m'accable ! Je veux la mériter, je serais trop coupable Si dans votre bonheur vous n'en trouviez le prix. Eh bien ! soyez heureux , partons , quittons Paris. Il le faut; d'aujourd'hui je conçois vos alarmes. Dans ce monde enchanteur le piège a trop de charmes. Plus loin que je ne veux peut-être je suivrai Ce brillant tourbillon qui m'entraîne à son gré. Il exalte ma tête, il m'étourdit, m'enivre; Je ne vois, n'entends plus, je ne me sens pas vivre. Je crois fuir les périls ; mais j'ai beau les prévoir. Mes projets du matin ne sont plus ceux du soir. Le plaisir règne alors, je cède, il me maîtrise. Et ma raison revient quand la faute est commise. Banville, emmenez-moi, mon ami, mon époux; Je ne crains rien, je n'aime et n'aimerai que vous ;

Et par moi cependant la paix vous fut ravie ! Emparez-vous donc seul de mon cœur, de ma vie. Mais partons : mon esprit est changeant, incertain; Je le veux aujourd'hui, le voudrai-je demain! Emmenez-moi ; partons.

BANVILLE

Tu finis mon supplice.

Que je te sais bon gré d'un si grand sacrifice ! Que je t'en remercie !...

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