‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 28 sur 166 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

■NÉALA. se précipitant vers la statue de Brama, qu'elle embrasse.

Toi qui l'entends, protège ta prêtresse ; Dieu , fais luire entre nous ta foudre vengeresse ; Que ce marbre insensible, ébranlé par mes cris, Entre l'impie et moi renverse ses débris.

IDAMORE , à genoux.

Ma vie est un fardeau; prenez-la, je l'abhorre. Mon amitié flétrit, mon amour déshonore. Mon nom glace d'effroi.

IVEALA , sans le regarder.

Les cieux m'en puniront; Mais le tranchant du fer n'atteindra pas ton front. Infortuné , va-t'en !

Hélas ! dans quelles villes , Sous quel heureux climat, sur quels bords si fertiles, Où les plaisirs pour moi ne soient sans volupté , Le printemps sans parure, un beau jour sans clarté? Vous fuirai-je aux déserts? mais où fuir ce qu'on aime? Dans quel antre profond me cacher à moi-même? Où ne verrai-je plus ces flambeaux de la nuit. Dont les feux si souvent à vos pieds m'ont conduit? Par quel chemin vous fuir? quel rocher, quelle source. Pour me parler de vous ne suspendra ma course ? Beaux lieux, sans m'arrêter comment vous parcourir,

Et puis-je eu la fuyant m'arrêter sans mourir? Fleuve heureux, bois si chers à ma reconnaissance, Je vous reverrai donc, mais pleins de son absence!... A travers les rameaux, là, j'observais ses pas; Là, pour l'entretenir, j'affrontai le trépas; Là, les heures pour moi s'alongeaient dans l'attonle; Ici, je lui donnai ce doux titre d'amante; Plus loin... 6 Néala, quel prix de mes exploits! Je leur dus de vous voir pour la première fois. Couronné par vos mains, que j'étais fier de l'ctre! Ah! vous m'aimiez alors, vous m'admiriez peut-être. Oui, malgré vos mépris, oui, malgré mon malhonr. Ce jour atteste encor que j'eus quelque valeur; Quelques dons m'élevaient au-dessus du vulgaire, Et j'avais des vertus puisque j'ai pu vous [)laire.

NÉALA.

Ils me furent cruels, ces dangereux trésors, Dont j'exaltais le prix pour tromper mes remords. Pourquoi m'ont-ils caché sous leur brillant mensonge L'abîme inévitable où mon erreur me plonge? Malheur au cœur aimant que leur charme séduit: C'est par eux qu'à jamais mon bonheur fut détruit.

IDAMORE

Il ne l'est pas encor; du moins il peut renaître. La pompe se prépaie, eh bien... dois-je y paraître?

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