‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 30 sur 166 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Les mêmes passions nous brûlent de leurs feux ; Ils souffrent comme nous et nous aimons comme eux,.. Ah! cent fois davantage... Et Dieu, lui, notre père, N'eût fait de tant d'amour qu'un jeu de sa colère ! L'homme a seul méconnu ce doux instinct des cœurs; Des frères, qu'il proscrit, il sépare les sœurs. La mort rassemblera cette famille immense ; Dieu nous appelle tous : le Brame qui l'encense , Et l'enfant du désert repoussé des autels , Reposeront unis dans ses bras paternels.

NÉALA.

Je goûte à t'écouter un charme trop funeste; D'un courroux qui s'éteint ne m'ôte pas le rest^. Ah! fuis, séparons-nous!

IDAMORE

Tu l'ordonnes , je pars; Mais vers moi pour adieu tourne au moins tes regards. Ne me refuse pas...

JVEALA , se retournant vers lui.

Idamore !

IDAMORE , se rapprochant d'elle par degrés.

Ma vue N'a pas troublé tes sens d'une horreur imprévue. Non. Qu'avais-tu pensé? que tu reconnaîtrais Le sceau de la vengeance empreint sur tous mes traits!'

Se sont-ils revêtus d'une forme nouvelle? Crois-tu qu'un feu sinistre en mes yeux étincelle?... Ils brillent, Ncala, de tendresse et d'espoir. Laisse-les s'enivrer du plaisir de te voir. Ne tremble pas ainsi; que mon bras te soutienne; Que je sente ta main tressaillir dans la mienne... Eh bien! le Tout-Puissant, de mon bonheur jaloux. Pour désunir nos mains descend-il entre nous? Sa fureur sous tes pieds n'ébranle pas la terre ; Il ne t'accuse pas par la voix du tonnerre. Il pardonne; il sourit à d'innocens transports; Pardonne à son exemple, étouffe un vain remords, Consens à notre hymen...

NÉALA.

Je ne puis, je frissonne.

Qu'un moment à moi-même en paix je m'abandonne. Tant de coups différens m'ont frappée aujourd'hui ! J'ai peine à rappeler ma raison qui m'a fui. L'heure approche où mes sœurs couvrent l'autel d'offrandes; Elles vont m'entourer... que je crains leurs demandes! Comment à leurs regards déguiser mon effroi ! Où me cacher?... je veux... de grâce, épargne-moi !

IDAMORE

Ah! d'un doute accablant qu'un seul mot me délivre : ])ois-je fuir ou rester, dois-je mourir ou vivre?

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