‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 44 sur 166 · ACTE m, SCENE lY · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE lY

ZARÈS

C'est lui-même ! il m'a parlé ! j'entends Cette voix, dont les sons m'avaient fui si long-temps!

IDAMORE

Dans mon cœur attendri quel souvenir s'éveille? Où suis-je, et quels accens ont frappé mon oreille? Je les connais... Que ,vois-je?

ZARÈS

Un vieillard insensé , Qui poursuit un ingrat dont il, fut délaissé , Qui voulait de rigueur arinei- son front sévère , Et sent frémir pour toi ses entrailles de père.

Dieux ! vous m'ouvrez vos bras !

ZARÈS-

^ La nature a ses droits ,

Plus forts que ma raison. .Viens, viens, je te revois! J'ai pardonné!

IDAMORE

Mon père !

ZARÈS-

O moment plein de charmes !

Idamore, 6 mon fils! 6 joui'! 6 douces larmes! Tu m'aimais, je le sens; pourquoi m'as-tu quitté? Quel horrible abandon! et je l'ai siqiporté !

72 LE PyUUA.

Je résiste à l'ivresso où mon àine se noie! On ne peut donc mourir de douleur ni de joie !

IDAMORE

Quoi! vous me pardonnez?

ZARES. Il se lève et regarde son fils.

Heureux progrès des ans !

Que son port est plus fier, ses traits plus imposans ! Que son aspect m'enchante !

IDAMORE

O ciel ! par quel ravage Les ans sur son front pale ont marqué leur passage!

ZARÈS

Ce ne sont pas les ans, mon fils, mais les chagrins. Vos jours dans les cités ne sont pas tous sereins; Et pourtant quel mortel, maudit des destinées, Vit en plus sombres nuits s'v changer ses journées? , Fut-il pour l'œil d'un père uu plus affreux réveil ? Malheureux, j'ai vu naître et pâlir le soleil. Sans que ses premiers feux ni sa clarté mourante De mes sens éperdus aient calmé Tépouvante. Je marcliais, je courais, je criais: O mon fils! Mon fils!... L'écho lui seul répondait à mes cris. Je rentrai vers le soir, me disant sur ma route : Près du toit paternel mon fils m'attend sans doute. Personne sur le seuil, mil vesligc, aucun hriiit;

Page 1