‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 45 sur 166 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

Je m'y retrouvai seul , et seul avec la nuit.

Que son astre à regret sembla mesurer l'heure !

Combien ma solitude agrandit ma demeure !

Mes yeux, de pleurs noyés, s'attachaient sans espoir

Sur cette place vide , où tu devais t'asseoir.

J'accusai de ta mort le tigre, le reptile,

Nos rochers , dont les flancs te devaient un asile ;

Ces arbres du vallon , mes hôtes , mes amis ,

Muets témoins du crime et qui l'avaient permis ,

Tout, l'univers entier, les humains, et moi-même ,

Avant de t'accuser, ô toi , mon bien suprême ,

Toi l'unique soutien d'un père vieillissant ,

Toi que j'avais nourri , toi mon fils , toi mon sang .

Confondant jusqu'aux dieux, dans ma haine implacable,

Je n'excusai que toi , toi seul étais coupable !

O crime ! à quels tourmens je vous ai condamné ?

ZARÈS

Ce n'était rien encor, mais je te soupçonnai ; Sur mes lèvres soudain mes plaintes expirèrent , • Un frisson me saisit, mes larmes s'arrêtèrent; Je crus mourir. Alors la triste vérité Jusqu'au fond de mon âme entra de tout côté. Dans toute sa grandeur j'embrassai ma niisèic : Injustement flétri dans les flancs de ma mère,

En horreur aux humains que j'aimais malgré moi ,

Cet amour tlcdaigné je le versai sur toi...

Et tu m'abandonnais ! Dans un transport de rage,

Quoi ! m'écriai-je enfin , voilà donc ton ouvrage ;

Brama, tu l'as voulu. Non, tu n'existes pas;

Je ne crois plus aux dieux , je crois aux fils ingrats ;

Je crois à mon malheur ! Mais hclas ! quel supplice

De nier dans son cœur l'éternelle justice ,

De vieillir sans espoir de revoir ses aïeux ,

Seul au monde , étranger entre l'homme et les cieux ,

Troj) plein d'un sentiment que nul ne veut vous rendre,

Et qui même en un dieu n'a plus où se répandre.

Tel fut mon sort. Trois ans j'en supportai l'horreiu-.

J'avais de ton retour nourri la folle erreur :

Tu ne revenais pas; las d'espérances vaines,

Je tentai du désert les routes incertaines ,

J'offris ma tête nue à l'ardeur des étés ;

Je poursuivis la mort jusqu'au sein des cités.

Plaint, sans être connu, j'y dus à la nuit sombre

Quelques habits grossiers (|ue j'implorais dans rombic.

Caché sous ces lambeaux, j'errais siu' les chemins.

Pour la première fois j'abordai les humains;

Ton nom, qu'ils publiaient, me découvrit tes traces;

Je me hàle, j'accours, je te vois, lu nreinbrasses,

Et c'est lorsqu'aux autels lu vas par les sernuMis

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