‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 71 sur 166 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

ALVAR

Qui ? moi !

IDAMORE

Ta liberté doit suivre mon trépas .

Eh bien , à ce vieillard mon amitié l'engage ; Des soins que je lui dois accepte l'héritage.

ALVAR

Oui, je le remplirai ce vœu de l'amitié, Du poids de ses regrets je prendrai la moitié ; Sa douleur sur mon sein coulera moins amère , Vous lui laissez un fils : qui me rendra mon frère ?

IDAMORE

Prends soin de fuir les lieux où mes restes épars

Viendraient sur votre route effrayer ses regards.

N'attendez pas la nuit, partez : crains pour toi-memc

Le sort contagieux d'un réprouvé qui t'aime.

Il ne pourra demain t'accorder son appui :

Ce jour qui va s'éteindre est le dernier pour lui.

L'arrêt porté par eux et qu'un héraut proclame,

Ordonne que ia mort réservée à l'infàme ,

Au lâche, au meurtrier, qui n'ont point de tombeaux ,

De mon corps lapidé disperse les lambeaux.

ALVAR

Et je vous quitterais, alors que leur vengeance Rassemble autour de vous l'outrage et la souffrance,

Présente à vos esprits ce trépas douloureux

Comme un affreux chemin à des maux plus affreux !...

J'écarterai de vous ces images funèbres;

Je fermerai vos yeux; j'irai dans les ténèbres

Vous creuser un asile, et, trompant leurs mépris,

De ce devoir furtif honorer vos débris.

Qui d'entre eux vous rendrait ce dangereux hommage?

Je l'oserai moi seul...

IDAMORE

Eh ! qu'importe à ma rage Que mon corps en pâture aux vautours soit livré, Ou d'un bûcher pompeux par leurs mains entouré? Qu'on l'abandonne aux vents, que le vautour dévore Celui qui les fit vaincre et qui fut Idamore ! Et viennent à ce bruit, du fond de l'Occident, Ces chrétiens renversés par mon seul ascendant ! J'appelle en ces climats leurs flottes vengeresses : Ils reviendront, Alvar, ils ont vu nos richesses. Qu'ils descendent , pareils aux insectes ailés , Par un souffle brûlant dans les airs rassemblés ; Qu'ils inondent nos bords ; qu'ils changent cette terie En une arène ouverte oii renaisse la guerre ; Qu'ils portent dans ses murs l'épouvante et la croix ; Qu'ils détrônent ses dieux, qu'ils t'^-rasent ses rois; Que leur foule étrangère et balaie el remplace

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