ACTE V, SCENE II
Les lâches possesseurs endormis sur sa face ; Pour adieux, en partant, pour prix de ses trésors, Lui laissent des débris, de la cendre et des morts ; Et quelques châtimens que me garde la tombe, Si ce peuple est puni, s'il pleure, s'il succombe, J'oublîrai mes revers en apprenant les siens, Et l'horreur de ses maux finira tous les miens !
ALVAR
Dans quels vœux vous égare une aveugle furie !
Quels que soient avec nous les torts de la patrie ,
Le fils qui la maudit, ce hls dénaturé
Prouve qu'elle était juste, et meurt désespéré.
Mais vous!... A.h! croyez-moi, quand votreheure est prochaine,
Comme un poids importun déposez votre haine.
Les turbulens transports par la rage inspirés,
La soif de voir punis ceux par qui vous souffrez,
N'aident point à franchir ce pénible passage.
De ma religion le précepte plus sage
Nous apprend que l'oubli de nos ressentimens
Verse un calme inconnu sur nos derniers momens.
Nous dit de pardonner même à qui nous innnole ;
Il en fait un devoir, et ce devoir console.
IDAMORE
Tes discours dans mon cœur font descendre la paix, " Et, nouveau pour mes yeux, d'où tombe un voile épais,
\'20 LE PAlllA.
Je ne sais (|uel espoir m'éclaire et me ranime :
Je combattrais encor pour l'état qui m'opprime.
Mais c'en est fait, Alvar, non , je ne dois plus voir
Les étendards flottans dans les airs se mouvoir ;
Non , je n'entendrai plus le signal des batailles ;
Je ne dois plus rentrer vainqueur dans ces murailles,
Et , déposant mon glaive à l'ombre des drapeaux ,
Goûter près d'une épouse un glorieux repos.
Demeure... Jeune, aimé, célèbre par les armes,
Je sens trop que la vie avait pour moi des cliarmes.
Prêt à me détacher de tout ce que j'aimais ,
De toi j'attends ma force !... Ah ! si tu vois jamais
Cet objet d'une ardeur si tendre et si funeste,
De mes cheveux sanglans porte-lui quelque reste.
Rends-lui son dernier don , ce message de mort ,
Ces fleurs, qui par leur deuil m'avaient prédit mon sort.
Dis-lui... Mais de mon père épargnons la faiblesse :
Tes larmes détruiraient l'erreur où je le laisse.
Sors; je te rejoindrai plus tôt que tu ne veux.
Et jusqu'au lieu fatal nous marcherons tous deux.