‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 87 sur 166 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

DANMLLE.

Et je te soutiens, moi, que le sort le plus doux, L'état le plus divin , c'est celui d'un époux Qui, long-temps enterré dans un triste veuvage. Rentre au lien chéri dont tu fuis l'esclavage. Il aime, il ressuscite, il sort de son tombeau. Ma femme a de mes jours rallumé le flambeau. Non, je ne vivais plus : le cœur froid, l'humeur triste , Je végétais, mon cher, et maintenant j'existe. Que de soins ! quels égards ! quels charmans entretiens ! Des défauts, elle en a; mais n'as-tu pas les tiens? Tu crains pour mes amis les travers de son âge ? J'ai deux fois plus d'amis qu'avant mon mariage. Ma caisse dans ses mains fait jaser les railleurs ! Je brave leurs discours ; je suis riche, et d'adleurs Une bonne action que j'apprends en cachette Compense bien pour moi les rubans qu'elle achète. Hortense a l'humeur vive; et moi ne l'ai-je pas? Nous nous fâchons parfois; mais qu'elle fasse un pas, Contre tout mon courroux sa grâce est la plus forte, Je n'ai pas de chagrin que sa gaîté n'emporte. Suis-je seul? elle accourt; suis-je un peu las? sa main, M'offrant un doux appui, m'abrège le chemin. J'ai quelqu'un qui me plaint quand je maudis ma goutte; Quand je veux raconter, j'ai quelqu'un qui m'écoute.

Jo suis tout glorieux de ses jeunes attraits; Ses regards sont si vifs!.., son visage est si frais! Quand cet astre à mes yeux luit dans la matinée, 11 rend mon front serein pour toute la journée ; Je ne me souviens plus des outrages du temps : J'aime, je suis aimé, je renais, j'ai vingt ans.

BONNARD

Quel feu !

BANVILLE

Je veux fêter le jour qui nous rassemble ; Au bonheur des maris nous trinquerons ensemble, Oh! je t'y forcerai. Tu soupes, me dis-tu ? Admire dans ma femme un effort de vertu : Les soupers sont proscrits, et vraiment c'est dommage ; Je veux qu'elle ait l'honneur d'en ramener l'usage. Rien n'est tel pour causer que le repas du soir. A table entre nous deux elle viendra s'asseoir. Bientôt, cher receveur, vous la verrez paraître. Et vous accepterez quand vous l'allez connaître. Oui, vous que rien n'émeut, vous aurez voire tour : Honnard, monsieur Bonnard, vous lui ferez la cour.

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