ACTE I, SCENE II
On n'apprend pas sur mer à monter à cheval. Sur une rosse étique assis tant bien que mal , Pour me rompre les os j'étais à bonne école. Madame à chaque bond riait comme une folle.
BANVILLE
En te voyant par terre, elle t'eût plaint beaucouj) ; J'en suis sûr.
VALENTIN
Beau profit, si j'étais mort du coup ! Mais une fois ici, j'eus bien d'autres affaires : Vieilli dans la marine à bord de vos corsaires, Sous ces galons d'argent qu'on me fit endosser. Au bon ton des laquais on voulut me dresser. L'exercice est moins dur : tiens-toi ; lève la tête ; Fais ceci , fais cela ; maladroit ! qu'il est bête ! Que sais-je?... j'en maigris : c'est un métier d'enfer, Et j'aurais mieux aiiné dix campagnes sur mer.
BONNARD
Ce pauvre Valentin !
VALENTIN
Et pour votre carrosse, On m'a fait un affront.
BONJYAUD.
Comment! depuis la noce Nous n'allons plus à pied?
18 i L'ECOLE DES VIEILLARDS.
BANVILLE
Il rêve.
VA.LENTIN.
Pas du tout :
Madame a pris voiture, et trouvait de son goût,
Pour me faire en marin terminer ma carrière ,
De me loger debout sur le gaillard d'arrière.
BANVILLE
Le grand mal !
VALENTIN
Ne pouvant vaincre ma juste horreur, Ne m'a-t-elle pas fait... ?
DANVILLE
Eh ! quoi donc ?
VALENTIN
Son couroui'.
BONNARD
Son coureur !
VALENTIN
A quinze ans j'étais des plus ingambes; Mais devenir coureur quand on n'a plus de jambes ! Ce Paris î on s'y perd : le Havre tout entier, En se pressant un peu, tiendrait dans un quartier : Et je cours ! mais je cours!... Dès que la porte s'ouvre. Vite au Palais-Royal, du Marais vite au Louvre,