ACTE I, SCENE III
AMÉLIE
Ta sœur n'était pas là pour recueillir ta cendre !
LORÉDAN
Pourquoi trop jeune encor n'ai-je pu te défendre?
Dès que l'âge éclaira votre faible raison , Je reçus vos sermens sur sa tombe , en son nom ; Et je crus voir son ombre, un moment consolée, Pour unir mes enfans sortir du mausolée. L'avez-vous oublié?
AMÉLIE
Comment puis-je jamais Oublier mes sermens, seigneur, et vos bienfaits?
PROCIDA
Oui: de soins paternels j'entourai votre enfance. Ma sœur les partageait; sans doute en mon absence Son amour attentif ne se ralentit pas.
Malgré le poids des ans qui retiennent ses pas. Si vous fûtes toujours digne de ma tendresse , Renouvelez ici cette sainte promesse.
AMÉLIE
Quel langage, seigneur? doutez-vous de ma foi?
LORÉDAIY.
Pardonnez , Amélie , à mon injuste effroi ,
Aux transports insensés dont mon âme est saisie :
;j2 LES VEPRES SICILIENNES.
Qui peut aver excès aimer sans jalousie'
PROCIDA
Rendez, rendez la paix à ce cœur égaré; Si j'ordonne un hymen trop long-temps différé , Jurez de l'accomplir sans regret, sans murmure. Hé bien?
Hésitez-vous?
AMÉLIE, àProcida.
Seigneur , je vous le jure.
LORÉDAN
O vous que j'offensais^e jure à vos genoux
De vivre, et, s'il le faut, de m'immoler pour vous.
PROCIDA
Ma fille , mes enfans , que ce jour m'est prospère !
Réunis sur mon sein, embrassez votre père.
Et toi, du haut des cieux descendant parmi nous,
Héros infortuné, bénis ces deux époux.
Consacre leur hymen et fais qu'il s'accomplisse;
Viens, qu'un pieux courroux à ta voix les remplisse
Viens réveiller en eux l'horreur de l'étranger.
L'amour de leur pays , la soif de le venger.
Triste et dernier débris d'une race abattue ,
Amélie, écartez la douleur qui vous tue :
Souvent dans sa grandeur ([iiand le r()U|\Thlo on paix